Face à l’essor de l’intelligence artificielle, à la baisse du niveau scolaire et à la diminution des financements publics, la recherche et la transmission des connaissances apparaissent fragilisées. Invité de la matinale, Bernard Lahire, sociologue et directeur de recherche au CNRS, rappelle que l’avenir d’une société repose sur la vitalité de ses connaissances.
« Pour la première fois, aux Etats-Unis, un des plus grands pays au monde, on voit une guerre contre la science », déplore l’auteur de « Savoir ou périr », publié aux éditions Seuil. « Ce ne sont pas que les sciences sociales, souvent attaquées, mais aussi les climatologues, les biologistes, et les médecins, à qui on retire de l’argent, des financements ». Un phénomène qui traverse l’Atlantique puisqu’en France, le budget de l’enseignement supérieur et de la recherche a été amputé de 1,5 milliard d’euros en février dernier. « C’est en vouloir à la science de l’appauvrir », insiste le chercheur.
Cela va de pair avec la démocratisation de l’intelligence artificielle, et plus particulièrement l’usage de ChatGPT : « il y a des raisons d’être paniqué à court terme. Étant donné qu’on valorise plus le résultat que le processus d’apprentissage, des enfants passeront directement à l’intelligence artificielle pour cracher des réponses. » Mais, il ajoute que « il se passera avec l’IA, ce qui s’est passé avec l’écriture : Platon disait que cela allait tuer la mémoire, à une époque où le savoir était oral. […] Mais cette accumulation culturelle a rendu possible une accélération des savoirs et de la science. »
Le savoir, un milieu élitiste ?
Le sociologue souligne que le « bachotage », déjà mentionné par le philosophe Paul Valéry et l’historien Marc Bloch, et la pression du classement écrasent la curiosité intellectuelle. La course des parents pour un bon établissement des parents, et « l’obsession de la note, de l’évaluation […] et du bon classement » des enfants, alimentent un climat anxiogène. « Tout le monde a conscience que dans un pays où il y a du chômage, il faut avoir de bons diplômes… C’est une course effrénée au succès scolaire pour avoir les meilleures chances possibles, et cela rend tout le monde malheureux », observe Bernard Lahire.
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Autre angle mort pointé par le chercheur : la sous-valorisation des métiers techniques et manuels. « À l’heure actuelle, vous arrivez dans ces formations-là parce que vous avez échoué scolairement, ce qui est absurde puisque ce sont des métiers essentiels. Il y a des pays qui accordent beaucoup plus d’importance à la technologie, à la pratique, et aux travaux manuels tels que l’Allemagne et la Suisse par exemple. »
Daphnée Cataldo
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