À moins d’un an des élections municipales, une étude réalisée pour l’institut Terram et le laboratoire de la République prend le pouls de l’attrait des Français pour les conseils municipaux. Son auteur, Benjamine Morel, estime que 24 % des personnes impliquées se disent prêtes à figurer sur une liste électorale, un pourcentage stable depuis 1999. Invité de la matinale, le maître de conférences en droit public à ASSAS dévoile que cette stabilité n’est pas une bonne nouvelle.
En mars 2026, les citoyens et citoyennes éliront leurs conseillers municipaux. Leur rôle : représenter les habitants de la commune dans les décisions prises pour sa gestion. Selon le nombre d’habitants de la ville, leurs effectifs peuvent varier. Pourtant, l’année dernière, une proposition de loi a tenté de réduire le nombre de places au poste de conseiller municipal, portée par le groupe Union Centriste au Sénat.
Pour ce groupe de sénateurs, cela répondrait à la baisse du nombre de candidats aux élections municipales : « Les difficultés pour trouver des candidats pour exercer les fonctions de conseiller municipal peuvent conduire à recruter des personnes moins motivées, ce qui entraîne des démissions plus fréquentes et un absentéisme élevé. »
Benjamin Morel, auteur de l’étude Conseils Municipaux : renouer avec l’engagement citoyen, alerte sur le fait que toutes les communes font face à un abandon du conseil municipal : « Dans les petites communes, on a du mal à trouver des listes dues à la désertification rurale, mais ce phénomène se produit aussi bien dans les grandes métropoles où là l’engagement paraît trop grand et trop compliqué. »
Conseils Municipaux : entre contrainte et désengagement
Pour Benjamin Morel, ce refus d’engagement politique viendrait d’abord des contraintes du poste : « Quand on est maire, on est payé, mais en tant que membre du conseil municipal, vous êtes simplement bénévole. Le seul argent que vous touchez est celui du remboursement des déplacements et, en cas de repas, lors du conseil municipal. Et il y a aussi le fait que ce n’est pas l’organe qui détient le pouvoir et, selon le management politique du maire, vous pouvez être très marginalisé. C’est à ce moment-là qu’on se pose alors la question : « À quoi bon ? » »
Pourtant, un autre facteur serait un frein dans la prise de poste : « Vous allez donner de votre temps gratuitement et sa valorisation à la sortie est faible, donc il y a déjà le regard de votre famille qui pèse, et aussi celui de vos collègues qui se demandent pourquoi vous passez moins de temps au travail. »
L’auteur dresse alors un constat clair : « 24 % des personnes rassemblées qui se disent prêtes à être sur une liste l’année prochaine, mais le chiffre n’a pas bougé depuis 1999 et ce n’est pas une bonne nouvelle. On observe une véritable différence générationnelle avec des jeunes qui ont envie de s’engager, mais aujourd’hui le poste représente trop de contraintes. L’avenir qui s’esquisse pour cette fonction n’est pas très rose alors il faut repenser les conditions de l’engagement politique. »
Valoriser l’engagement municipal : Une nécessité pour l’avenir des communes
En 2020, après le renouvellement général des conseils municipaux, 345 communes ne disposaient pas d’un conseil municipal complet, contre 228 en 2014. Benjamin Morel révèle que le manque de volontaires à ce poste va totalement bouleverser le système tel qu’on le connaît : « C’est simple, s’il n’y a plus assez de monde, on va devoir faire appel à des fonctionnaires pour faire ce travail. Ce sont les communes qui devront les payer et elles ne feront pas d’économies grâce à ça. »
D’après lui redonner l’envie de s’engager au conseil municipal passerait par une valorisation dans le parcours professionnel : « Si vous vous engagez politiquement sur une liste et que vous n’êtes pas adjoint au maire, vous n’avez aucun gage qui vous permette de valoriser ça. Le premier changement à appliquer serait d’en faire un véritable atout pour votre carrière professionnelle. »
A lire aussi
Pour Benjamin Morel, ce poste représente une formation unique en son genre : « C’est très formateur, vous découvrez la politique locale, vous découvrez comment fonctionnent une commune, vous découvrez comment fonctionner des choses aussi basiques qu’un marché public et ça tout en contribuant à la vie de votre commune. »
Alessandra Wyak
Retrouvez toute l’actualité Société