Le concert de l’orchestre d’Israël perturbé : « cela pose le problème de la sécurité de la salle » selon Thibault de Montbrial

ISA HARSIN/SIPA

A Paris, un concert de l’Orchestre philharmonique d’Israël a été interrompu par des militants propalestiniens. Invité de la matinale, Thibault de Montbrial, avocat, lieutenant-colonel de gendarmerie dans la réserve et président du Cercle de réflexion sur la sécurité intérieure, expose un point de vue alarmiste quant à la sécurité en France.

« Cela pose le problème de la sécurité de la salle. […] Les mêmes rentraient avec une Kalachnikov, vous aviez un Bataclan bis », déclare Thibault de Montbrial, à la suite des affrontements à la Philharmonie de Paris. Pour l’auteur de France : le choc ou la chute (Editions de l’Observatoire), l’événement illustre la tension qui pèse sur l’Hexagone. Il indique que « le 7 octobre 2023 est, à mes yeux, un véritable changeur de paradigme, puisqu’il a rendu possible, dans l’inconscient islamiste. Israël, qui était présenté comme invincible, a été mis à genoux ce jour-là et ça a galvanisé les islamistes du monde entier. »

L’avocat revient aussi sur l’attaque survenue à l’île d’Oléron le 5 novembre et y voit le signe d’un danger persistant : « quelqu’un, fragile psychologiquement, aura comme mode de décompensation un référentiel celui de l’Etat islamique. Il utilise les méthodes préconisées en 2014 par al-Adnani [le porte-parole de l’Etat islamique]. » De son point de vue, la menace terroriste islamiste demeure extrêmement élevée : « beaucoup de gens, qui ont été en Irak et en Syrie, sont en train de sortir de prison. Et il y a une radicalisation croissante, notamment chez les jeunes sur le territoire national. » Il s’inquiète d’un possible sursaut à l’approche de 13 novembre, date anniversaire des attentats de 2015, puisque « à la fin de l’été, l’Etat islamique et Al-Qaïda ont appelé à frapper massivement les pays occidentaux, notamment la France. »

« La sécurité n’est ni de droite ni de gauche »

Pour Thibault de Montbrial, l’insécurité croissante et les tensions communautaires s’inscrivent dans une faillite politique ancienne : « Je pense qu’il y a eu un mélange de déni. Les Trente Glorieuses, la France se reconstruisait après deux guerres mondiales… Il y avait une forme de prospérité économique qui allait complètement transcender les questions culturelles et identitaires. Or, nous avons eu, depuis 40 ans, une immigration qui a changé une partie de la conscience. Tout cela n’a pas été accompagné des rappels de règles et de modes de vie qui auraient dû être indispensables. » Il accuse la gauche d’avoir « abandonné le terrain » et la droite de « ne pas avoir osé s’en saisir », laissant le champ libre au Front national : « parce que c’était le Front national qui a porté les questions d’insécurité. » Et de rappeler que la sécurité, loin d’être un thème partisan, est au cœur du constat social : « l’exigence de sécurité est la base du pacte social. La sécurité n’est ni de droite ni de gauche. Si on pousse le raisonnement, la sécurité vise avant tout dans l’ordre à protéger les plus faibles. »

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Pour sortir de l’impasse, Thibault de Montbrial appelle à un véritable sursaut d’autorité : « il faut rétablir l’ordre, en assumant le retour de l’usage de la force légitime, prévu par la loi et l’État, et ensuite il y aura un programme de reconstruction sur la base de l’éducation et de la culture. Mais on ne pourra pas y parvenir s’il n’y a pas un retour de l’autorité qui rassurera tous ceux qui sont en première ligne aujourd’hui et qui se sentent abandonnés : les médecins, les infirmières, les profs dans les écoles, les pompiers sur le terrain… Nous sommes dans un cercle vicieux. Il faut que le cercle devienne vertueux. »

Daphnée Cataldo

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