Une rencontre entre Salah Abdeslam et les familles de victimes « ne peut pas venir d’une demande » du terroriste selon Jean-Xavier de Lestrade

MPP/SIPA

Alors que l’avocate de Salah Abdeslam a annoncé que son client était prêt à s’engager dans un processus de justice restaurative, la mémoire des victimes des attentats du 13 novembre 2025 et des rescapés du Bataclan demeure vive. Parmi les hommages rendus, la série Des vivants, diffusée sur France Télévisions, plonge au cœur du drame à travers le témoignage de sept anciens otages. Invité de la matinale, Jean-Xavier de Lestrade, documentariste et réalisateur oscarisé, raconte la genèse et la portée de ce projet profondément humain.

« Pendant deux heures et demie, ils ont été témoins. Ils ont vu ce qu’il s’était passé, ils ont vu le massacre. Donc, quand on les amène dans ce couloir avec ces deux terroristes, armés de leur kalashnikov et leur gilet bourré d’explosifs, ils savaient que c’était la fin de leur vie, que ça s’arrêtait là. » Jean-Xavier de Lestrade explique avoir voulu comprendre comment on « revient à la vie » après avoir vu la mort de si près : « Comment sort-on de là vivant ? Comment peut-on peut vivre après ? Avec ce dont on a été témoin, le massacre, et puis cette culpabilité du survivant qui est… ils ont tous leurs deux bras, leurs deux jambes. Mais au fond, comment peut-on récupérer sa vie si jamais on peut le faire ? »

Avec le scénariste Antoine Lacomblez, le réalisateur a choisi la rigueur documentaire plutôt que la fiction spectaculaire : « il n’y a pas de personnages inventés, pas de dramaturgie fabriquée. Alors oui, c’est la fiction des comédiens qui incarnent des personnages, mais ces personnages existent vraiment. Ce que l’on voit à l’écran, c’est vraiment leur vie. » Certaines scènes, inspirées mot pour mot des récits recueillis, frappent par leur justesse. Comme celle où Marie, rescapée, se voit reprocher par sa direction d’être « trop joyeuse » après le drame : « Quand Marie a vu la série, elle a affirmé que cela s’était exactement passé comme cela. » Pour rendre cette vérité palpable, le cinéaste a réuni un groupe d’acteurs capables de recréer l’énergie et la solidarité des survivants : « ils se sont retrouvés des dizaines et des dizaines de fois dans une brasserie où ils avaient besoin de parler, de chanter, de rire. Donc il fallait constituer un groupe de comédiens qui vraiment puissent rendre ça à l’image, à l’écran. »

L’amour plus fort que la peur

Au cœur de la tragédie demeure une évidence : la musique. « Ils ont été pris en otage parce qu’ils assistaient à un concert. Ce sont des amoureux de musique, de rock la plupart. Et ce qui les réunit, encore aujourd’hui, c’est cet amour de la musique. » Une émotion que l’invité de David Abiker restitue avec admiration, à travers le récit de ces survivants qui, malgré la peur et la douleur, continuent à vivre, à chanter et à aimer.

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Connu pour ses documentaires consacrés à la justice et à la condition humaine, Jean-Xavier de Lestrade a reçu, en 2002, un Oscar pour Un coupable idéal et le prix Albert Londres pour La Justice des hommes, un film suivant une avocate défendant les bourreaux du génocide rwandais. Interrogé sur le cas de Salah Abdeslam, qui souhaiterait rencontrer les victimes des attentats, le réalisateur reste mesuré : « Son cas est particulier. Parmi les victimes du Bataclan, des terrasses ou du Stade de France, certaines ont fait la démarche d’aller en prison, alors peut-être pas pour voir Salah Abdeslam, mais rencontrer des djihadistes, des gens qui s’étaient radicalisés. Ce sont toujours des démarches individuelles particulières, ça ne peut pas venir d’un auteur de l’attentat. Ce n’est pas acceptable. Rien ne prouve qu’il ait changé, rien ne prouve que, dans sa tête, il ait pris conscience de ce qu’il a fait. »

Daphnée Cataldo

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