Emmanuel Macron a relancé le débat sur l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans lors d’un déplacement à Marseille le 16 décembre. La question de leurs conséquences sur la jeunesse s’impose à nouveau dans l’espace public. Invité de la matinale, Alain Bentolila, linguiste et auteur de Demain la barbarie ? Parents et instits même combat (Istya & Cie), dresse un constat sur les effets des réseaux sociaux sur le langage, la pensée et le comportement des jeunes.
Pour Alain Bentolila, les réseaux sociaux n’ont rien d’outils culturels. « Les réseaux sociaux n’apportent ni à la culture ni au comportement des jeunes », tranche-t-il. En cause, « l’anonymat, le rétrécissement des écrits, l’immédiateté permanente des choses » qui réduiraient les échanges à des formules brèves et utilitaires, loin de toute construction de pensée élaborée. Le spécialiste de la langue met également en garde contre les effets cognitifs et psychologiques d’un usage massif des écrans : « ce n’est pas bon pour la concentration, pas bon pour la santé mentale, pas bon aussi parce qu’ils libèrent malheureusement les plus bas instincts. » L’illusion de l’anonymat favoriserait une parole sans filtre, parfois violente, rarement réfléchie.
Mais le linguiste pointe surtout une responsabilité collective : celle de l’école et des adultes. « Nous avons des jeunes que l’école n’a pas su former comme résistants intellectuels », regrette-t-il. Des jeunes qui, faute de discernement, « avalent avec délectation les pires choses » et se laissent entraîner sans esprit critique. Pour Alain Bentolila, « le discernement est important, il faut cultiver le discernement de nos enfants, leur apprendre à dire non, à analyser, à ne pas s’en laisser compter. »
Réapprendre à comprendre, lire et penser
Face à ce constat, l’invité défend des solutions pédagogiques concrètes. Il évoque notamment des programmes axés sur la compréhension des textes et la « reconquête de l’écrit », menés dans des zones défavorisées. « Apprendre à comprendre, à respecter un texte, à l’interpréter et à le critiquer, ça ne tombe pas du ciel », insiste-t-il. Les résultats seraient probants : des élèves initialement en difficulté dépassent désormais la moyenne nationale.
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Loin du fatalisme, le linguiste refuse l’idée d’une école « désabusée ». « Quand on intéresse les élèves, ils répondent », affirme-t-il, citant des projets d’écriture collective ayant suscité « une fierté extraordinaire » chez les enfants comme chez les enseignants. Pour Alain Bentolila, la lutte contre les dérives des réseaux sociaux passe donc moins par la seule interdiction que par un travail de fond : réapprendre aux jeunes à penser, lire, écrire et comprendre le monde qui les entoure.
Daphnée Cataldo
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