Dégradations de bâtiments publics, pillages de commerce, actes de vandalisme et tirs de mortiers d’artifice ont eu lieu dans de nombreuses villes ce jeudi soir, trois jours après la mort de Nahel, 17 ans, tué à Nanterre par un policier. Une situation qui semble s’aggraver avec 667 interpellations et 249 blessés parmi les forces de l’ordre.
Les images sont spectaculaires et terrifiantes. Et on ne peut s’empêcher de repenser aux émeutes de 2005 sous Jacques Chirac avec un point de départ assez similaire : deux jeunes tentant d’échapper à un contrôle policier et morts électrocutés dans un transformateur à Clichy-sous-Bois. Ces émeutes urbaines avaient duré trois semaines et, au bout de dix jours, Dominique de Villepin avait décrété l’état d’urgence.
Cette fois, 40.000 gendarmes ou policiers sont déployés, soit deux fois plus qu’en 2005. On peut espérer qu’ils réussiront à contrôler la situation. Mais l’heure est encore clairement à une phase d’expansion et de durcissement du mouvement.
Il n’y a pas d’obligation à transformer une émotion ou une colère en violence
Certains se demandent si cette expansion est le reflet de l’émotion suscitée par la mort de Nahel. Je m’inscris totalement en faux contre cette interprétation que beaucoup de gens reprennent. La mort de Samuel Paty aussi a suscité de l’émotion et de l’horreur. Est-ce que dans les jours qui ont suivi vous avez vu des mairies attaquées, des voitures ou des tramways brûlés. Quid de la mort du père Hamel ? Et de l’attaque d’Annecy ?
Il n’y a pas d’obligation à transformer une émotion ou une colère en violence. Ce qui interpelle, c’est qu’on ne s’étonne pas qu’un épisode mettant en cause un policier en banlieue provoque des émeutes urbaines. Comme si c’était dans l’ordre des choses voire, à entendre certains dirigeants de la gauche, le problème ne serait pas du côté des fauteurs de désordre mais des forces de l’ordre.
Il y a un problème spécifique à ce que l’on appelle pudiquement les « quartiers ». Et ce problème n’est ni social, ni sécuritaire, mais bien identitaire. Il y a 5 ans, quand Gérard Collomb avait quitté le ministère de l’Intérieur, il avait alerté sur le risque que deux France « côte-à-côte » finissent par se retrouver « face-à-face ». Ce qui explose aujourd’hui semble confirmer qu’on y est bien.
La marche blanche organisée par la famille de Nahel face à ses contradictions
Hélas, on a eu la confirmation de ce qu’on redoutait : la récupération politique. On était loin de la dignité d’une marche de soutien à une famille dans le deuil. On ne peut pas juger de l’expression d’une douleur mais les images de la mère de Nahel montée sur une voiture, souriante et jouant les passionaria, c’était quand même gênant.
À lire aussi
Gênant aussi la présence au premier plan du clan Traoré. Gênants encore ces slogans non pas contre le policier qui a tiré, mais contre la police. Gênants toujours ces bascules dans l’émeute qui n’ont pas même attendu la dispersion du cortège.
Et c’est cette volonté délibérée d’une logique d’affrontement qui fait peur. Et que des dirigeants de gauche refusent d’en appeler au calme en dit long ou sur leur irresponsabilité ou leur cynisme.