L’addiction, un fléau rampant traité depuis plus de 50 ans à l’hôpital Marmottan, à Paris

Tristan REYNAUD/SIPA

Presque 10% des Français ont déjà expérimenté la cocaïne au moins une fois dans leur vie, et ils sont de plus en plus nombreux à développer des addictions. Depuis plus de 50 ans, l’hôpital Marmottan à Paris prend en charge une partie de ces personnes. 

Impossible de manquer cet impressionnant bâtiment en briques rouges, niché au cœur d’une rue commerçante du XVIIème arrondissement. Fondé en 1971, l’hôpital Marmottan fait partie des plus vieux établissements spécialisés en addictologie du pays.

Une fois passé la porte, les soins commencent tout de suite, d’abord par un sourire et un café, offert par l’équipe d’accueillants de l’hôpital. « C’est déjà énorme pour certaines personnes qu’on leur dise bienvenu, qu’on leur propose un café. C’est un moment privilégié » explique Alain Herriau, qui travaille depuis 10 mois à l’hôpital Marmottan.

Parmi les patients alignés sur les chaises de la salle d’attente, pas de profil type. Des hommes, des femmes, de tous les âges, de tous les milieux sociaux se mêlent, réunis par une même problématique: l’addiction. L’hôpital traite aussi bien des personnes insérées que des personnes en situation précaire. Elle n’épargne personne, selon le docteur Mario Blaise médecin psychiatre addictologue à l’hôpital. « Le problème de la drogue est loin d’être réglé, encore plus banalisé » soupire-t-il, « ça s’empile en mille-feuilles, on a les problématiques d’avant, de l’héroïne et des opiacés, qui s’ajoutent aux nouveaux usages notamment celui de la cocaïne ». Les usages de crack et de cocaïne ont pris une place très importante dans les consultations ces dernières années du fait de sa très grande accessibilité.

A l’hôpital Marmottan, un accompagnement volontaire, anonyme et gratuit

Pour faire face à ces consommations de drogues en pleine expansion, l’établissement propose un accompagnement transverse, à la fois médical, social et psychologique. Des consultations en addictologie, en psychiatrie ou encore en médecine générale sont proposées. Plus de 100 personnes sont vues chaque jour.

Le premier objectif des soignants est la réduction des risques pour les usagers. « On informe sur les dangers pour faire en sorte qu’ils se fassent un peu moins mal en consommant. Par exemple, on leur explique que partager une paille pour sniffer de la cocaïne peut donner l’hépatite C, tout le monde ne le sait pas. » résume le Docteur Blaise. Du matériel sain et propre est d’ailleurs mis à disposition des patients: pailles, seringues, pipes…

Les centres de soin en addictologie sont débordés

Pour ceux qui le souhaitent, l’établissement dispose également d’une unité d’hospitalisation de douze lits pour des séjours d’une à deux semaines. « Ce sont des séjours de rupture où les patients n’ont pas leur téléphone et sont coupés de l’extérieur. » précise Mario Blaise, « Mais ils sont là volontairement et libres de partir quand ils le souhaitent. »

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Mais tout cela ne suffit pas pour répondre à la demande. Les centres comme celui de Marmottan sont débordés. « Nous ne sommes pas à l’échelle dans les réponses sanitaires et de santé publique » se désole le médecin. « Il n’y a pas suffisamment d’établissements, de soins, ni de réduction des risques ou de prévention contre les drogues. » Il est urgent selon lui de renforcer la réponse sanitaire aux addictions ainsi que la prévention.

Nina Droff

 

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