Le président est-il devenu fou ? Le jour où Paul Deschanel est tombé d’un train en marche

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Le président Paul Deschanel, élu en janvier 1920 à la barbe de Clémenceau, était-il aussi fou qu’on l’a dit ? Probablement pas.

Un convoi officiel circule ce 23 mai 1920 à destination de Montbrison, dans le département de la Loire. À bord du train se trouve le nouveau président de la République, élu en janvier. Paul Deschanel doit prononcer un discours pour l’inauguration d’un buste à la mémoire du sénateur Émile Raymond, pionnier de l’aviation, mort dans les tous premiers mois de la guerre de 14-18.

Vers 23h, le train se trouve tout près du village de Mignerette dans le Loiret. Pour cette saison, il fait chaud, et même très chaud. Le président Deschanel se réveille et se sent mal, oppressé, anxieux. Il ouvre la fenêtre de sa voiture présidentielle pour essayer de respirer un peu d’air frais. Sans doute perturbé par la sensibilité aux médicaments qu’il a pris pour dormir, il se retrouve entraîné par le système d’ouverture de la fenêtre. Voilà le président qui bascule hors du train et tombe carrément sur le ballast. Vous imaginez ?

Le président est en pyjama, couvert d’égratignures

À cet endroit, le train roule plutôt lentement, à environ 50 km/h, mais l’évènement reste incroyable. Le président Deschanel se trouve sur les rails, en pyjama, le corps couvert d’égratignures dues à sa chute.

Il déambule, et finit par rencontrer le garde-barrière d’un passage à niveau. Paul Deschanel lui dit : « Mon ami, ça va vous étonner mais je suis le président de la République ». Effectivement, étant donné les circonstances, cela surprend le brave bonhomme qui se dit que ça doit être un ivrogne ou un fou qui se prend pour le président.

Mais à bien y regarder, l’homme en question a l’air quand même relativement convenable, il se tient même très bien malgré sa tenue bizarre. Il est conduit à la maison la plus proche, et le couple qui va le soigner constate sa lucidité et la dignité de son maintien. Ils préviennent les gendarmes. La légende veut que la femme du couple ait dit à des journalistes avoir reconnu que ce malheureux était un grand monsieur « car il avait les pieds propres ». 

Des caricatures et des chansons satiriques

À Montargis, la délégation officielle est informée de ce qui s’est passé. L’affaire fait du bruit et se répand aussitôt. Les journaux vont bientôt s’en donner à cœur joie, on va voir des caricatures, tourner le président en ridicule et bientôt des chansons satiriques seront chantées un peu partout.

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Plus tard, on attribuera cette chute du président au syndrome d’Elpénor, du nom d’un des compagnons d’Ulysse qui, mal réveillé, était tombé d’un temple et s’était tué. Médicalement, il s’agit d’un état de désorientation survenu au cours d’un réveil incomplet chez un sujet fatigué et qui avait pris avant de s’endormir un médicament hypnotique. C’est relativement rationnel, mais à l’époque, tout le monde se met à croire que le président est fou.

Franck Ferrand vous le raconte…

 

 

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