Martha Argerich

Enfant prodige, née à Buenos Aires le 5 juin 1941, elle étudie le piano dès l’âge de cinq ans avec Vincenzo Scaramuzza, célèbre et exigeant professant d’origine italienne, et donne son premier vrai concert à sept ans : Concerto n°20 de Mozart et des œuvres de « Bach le père de la musique, Beethoven, le dieu de la musique ». Elle vient en Europe avec sa famille en 1955 pour continuer ses études à Vienne auprès de Friedrich Gulda, qui lui apporte un vrai souffle de liberté, ainsi qu’à Genève avec Nikita Magaloff et la veuve de Dinu Lipatti. Dès 1957, Martha Argerich remporte successivement les concours de Bolzano et de Genève, et trois ans plus tard enregistre un premier disque pour DGG. Ressentant le besoin de mûrir, elle se retire de la scène, reçoit des conseils d’Arturo Benedetti Michelangeli, tente de rencontrer Horowitz qu’elle admire – et réciproquement ! –, côtoie Nelson Freire (de trois ans son cadet) et Fou Ts’ong, premier pianiste chinois distingué au Concours Chopin de Varsovie de 1955, concours prestigieux entre tous où elle triomphe en 1965 ! Elle enregistre aussitôt des pages du compositeur polonais dans les studios d’Abbey Road, mais pour des raisons contractuelles EMI ne pourra les publier qu’une trentaine d’années après. Sa notoriété s’élargit encore avec le Concerto en Sol de Ravel et le Troisième de Prokofiev gravés à Berlin en 1967 sous la direction du jeune Claudio Abbado, toujours l’un de ses chefs favoris aux côtés de Charles Dutoit (père de la deuxième de ses trois filles) et d’Alexandre Rabinovitch.

Préférant partager la musique en concerto ou en musique de chambre (avec d’autres forts tempéraments, Gidon Kremer par exemple), Martha Argerich signe son dernier disque en solo en 1983, dédié au compositeur dont elle se sent le plus proche, Schumann, avec ses Kreisleriana et les Scènes d’enfants. Elle a cependant repris ces dernières lors d’une de ses exceptionnelles apparitions seule sur scène, salle Pleyel en 2006 et à son festival de Lugano l’année suivante, interprétation publiée par EMI parmi les moments forts annuels de ce «Progetto Martha Argerich » lancé en 2002, exaltante réunion de ses amis de toujours, de célébrités et de jeunes talents (Stephen Kovacevich, Mischa Maisky, Renaud et Gautier Capuçon, Gabriela Montero, Sergio Tiempo, etc.). Directrice artistique du Festival de Beppu au Japon depuis 1998, elle a aussi institué quelque temps un festival-concours dans sa ville natale et une série EMI « Martha Argerich présente » consacrée à de jeunes pianistes. Sa première biographie (par Olivier Bellamy, éd. Buchet Castel) montre bien que derrière l’image d’un « monstre sacré » s’abrite une artiste profondément humaine.

Francis Drésel, directeur de la programmation musicale de Radio Classique