PROKOFIEV Serge – biographie

(1891-1953) 20ème siècle

Sûr de son génie, Prokofiev a abordé tous les genres avec un égal bonheur. Exilé après la Révolution russe, il a conquis ses galons en Europe et en Amérique avant de rentrer en URSS pour son malheur et celui de sa famille. Compositeur à la fois classique et moderne, il possède un sens du rythme électrisant, une harmonie hardie et un grand sens mélodique qui en fait le Mozart du XXe siècle.

 

Prokofiev en 10 dates

  • 1891 : naissance à Sontsovka en actuelle Ukraine
  • 1904 : entrée au Conservatoire de Saint-Pétersbourg
  • 1918 : Création de la Symphonie n° 1 « Classique » à Petrograd
  • 1923 : Mariage avec Lina
  • 1936 : Retour en URSS
  • 1938 : Alexandre Nevski avec Eisenstein
  • 1946 : Création de Guerre et Paix
  • 1947 : Nommé « Artiste du Peuple »
  • 1948 : Stigmatisé comme « formaliste » par le régime
  • 1953 : Mort le même jour que Staline

À huit ans, Prokofiev compose son premier opéra Le Géant qu’il fait représenter chez son oncle, car son père trouve le livret « immoral ». L’enfant terrible de la musique russe est né.

Serge Prokofiev naît le 11 avril 1891 à Sontsovka, petit village de l’empire russe. Son père est ingénieur agronome et a la charge d’un domaine. Sa mère est pianiste amateur et lui enseigne la musique. Il fait montre de dons si stupéfiants en piano et en composition qu’à 10 ans il s’installe avec sa mère à Moscou pour suivre les cours du compositeur Reinhold Glière.

 

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À 13 ans, Serge Prokofiev entre au prestigieux Conservatoire de Saint-Pétersbourg fondé par Anton Rubinstein. Il devient l’élève de Rimski-Korsakov en orchestration, d’Anna Esipova en piano, de Liadov en composition. Il se lie avec le compositeur Nikolaï Miaskovski qui restera un ami proche. Durant ses dix années au Conservatoire, il se fait remarquer par son talent insolent et son assurance imperturbable. Il écrit notamment deux opéras. Dérangés par son anticonformisme, ses professeurs lui font moult reproches qui ne l’impressionnent pas. En guise de défi, il dédie son Concerto pour piano n° 1  à Tcherepnine, le plus critique d’entre eux. À ce succès se mêle la douleur d’apprendre le suicide d’un de ses plus proches amis.

 

Prokofiev se présente au Concours de piano Anton-Rubinstein après sa sortie du Conservatoire. À l’épreuve finale, il a le culot de choisir son propre Concerto n° 1  et remporte le premier prix.

La Première Guerre mondiale le surprend en pleine tournée européenne au cours de laquelle il rencontre à Londres Serge Diaghilev qui lui commande un ballet. De retour en Russie, il joue son très virtuose Concerto n° 2, compose son opéra Le Joueur d’après Dostoïevski et tente de faire jouer sa Symphonie classique quand éclate la Révolution de 1917.

Sans rompre avec sa patrie, il profite de ces troubles pour gagner les États-Unis en passant par Vladivostok et le Japon. À Chicago, il présente son nouvel opéra L’amour des trois oranges en version française. Puis il retrouve sa mère à Saint-Brévin-les-Pins (Loire-Atlantique) où il termine la composition de son célèbre Concerto pour piano n° 3. En 1921, son ballet Chout est créé par les Ballets russes à Paris et l’année suivante il se lance dans la composition de son opéra L’ange de feu qui ne sera créé qu’un an après sa mort au Théâtre des Champs-Élysées par Jane Rhodes.

 

Prokofiev épouse la chanteuse espagnole Lina Llubera qui lui donnera deux garçons. Le couple s’installe à Paris. Prokofiev rencontre Picasso, Matisse et se brouille avec Stravinsky.

En 1927, Prokofiev effectue une tournée triomphale en Union soviétique. Il commence à avoir le mal du pays, d’autant que tout est fait pour le faire revenir. Au début des années 1930, il rencontre quelques difficultés à faire jouer sa musique. Son Concerto pour piano n° 4 composé pour le pianiste manchot Paul Wittgenstein n’est pas joué par son commanditaire. Prokofiev accepte la proposition d’un studio de cinéma soviétique de mettre en musique Le Lieutenant Kijé et se rapproche de son pays natal. En 1936, il s’installe définitivement avec femme et enfants à Moscou. Il dispose d’un appartement, d’une voiture, et d’une datcha. C’est alors qu’intervient la première purge stalinienne. Après la première de Lady Macbeth de Mzensk de Chostakovitch, les artistes sont montrés du doigt par le régime. Inconscience ou assurance excessive, Prokofiev ne voit absolument pas le danger et reste en Russie.


Romance du Lieutenant Kijé

 

Prokofiev se retrouve dans la gueule du loup. C’est à ce moment qu’il décide de composer son conte pour enfants Pierre et le loup qui demeure à ce jour la meilleure œuvre d’initiation musicale jamais composée.

Pour se conformer aux injonctions du réalisme soviétique, Prokofiev entame sa période néo-classique qui donne naissance à de nombreux chefs-d’œuvre. Son ballet Roméo et Juliette met du temps à être créé au Kirov. Il commence une collaboration fructueuse avec Eisenstein sur son film Alexandre Nevski. L’aventure s’achèvera sur Ivan le Terrible quand le génial cinéaste sera interdit de travailler. Pendant la guerre, il travaille avec Meyerhold, mais le grand metteur en scène est arrêté et meurt en prison.

En 1940, Prokofiev commence à travailler avec Mira Mendelssohn sur son opéra Guerre et paix. On murmure que la poétesse aurait été chargée par le KGB de séduire et surveiller le compositeur. Si c’est vrai, le plan fonctionne à merveille, car Prokofiev abandonne sa famille en 1941 et s’installe avec Mira. Son ballet Cendrillon et sa Symphonie n° 5 marquent une période de grand succès couronné par deux prix Staline successifs. Il fait la connaissance du pianiste Sviatoslav Richter qui joue ses trois sonates de guerre (6, 7, 8) et qui se verra offrir la Sonate n° 9.

 

 

En 1948, Prokofiev se marie avec Mira sans avoir besoin de divorcer avec Lina. Quand éclate la deuxième grande purge stalinienne, sa première femme est arrêtée pour espionnage avant d’être envoyée en camp durant huit ans.

Condamné publiquement, Prokofiev n’est pas en position de soutenir son ex-femme. Il n’a plus d’argent et doit son salut à l’aide de Rostropovitch. En 1950, il apprend la mort de son grand ami Miaskovski. Ses problèmes de santé se multiplient et sa superbe assurance semble commencer à s’effriter sous les coups impitoyables du régime.

Le 5 mars 1953, Serge Prokofiev meurt à l’âge de 61 ans. Une heure avant, Staline l’a précédé dans la tombe. Pour ne pas gêner les obsèques du tyran, les funérailles du compositeur ont lieu dans la clandestinité et l’agence Tass n’annonce sa mort que six jours plus tard. En 1956, Lina Prokofiev est libérée grâce à l’intervention de Chostakovitch.

 

Olivier Bellamy

 

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