Serge Prokofiev

De Rachmaninov, le postromantique, à Stravinski, le plus novateur, le XXe siècle russe s’est avéré d’une stupéfiante créativité musicale. Grâce, par exemple, à Serge Prokofiev, dont les rythmes, les couleurs et le lyrisme se reconnaissent aussitôt. Né le 23 avril 1891 en Ukraine, Prokofiev disparaît le même jour que Staline, le 5 mars 1953, ironie du sort pour ce pur musicien qui s’est toujours montré indifférent à la politique, même s’il a subi diverses pressions à partir de son retour définitif en URSS, fin 1932. Initié à la musique par sa mère, pianiste, il témoigne d’une rare précocité, composant dès l’enfance des opéras et remportant en 1914 le Prix Rubinstein avec l’audace de son propre 1er Concerto pour piano. Inclassable, il oscille alors entre prolongement des grands maîtres du passé (Symphonie « Classique ») et la violence futuriste d’un premier ballet, à l’origine de la Suite scythe. En 1918, Prokofiev part pour les Etats-Unis, où il crée notamment L’Amour des trois oranges à l’Opéra de Chicago et son 3e Concerto pour piano. Il s’installe ensuite à Paris, renoue avec les ballets russes de Diaghilev, mais ressent le besoin de regagner sa patrie. Ses chefs-d’œuvre se multiplient, tant abstraits (Second Concerto pour violon) que pour le cinéma – Lieutenant Kijé pour un film de Feinzimmer, qui précède sa collaboration avec Eisenstein – la danse (Roméo et Juliette) ou… les enfants (Pierre et le loup, 1936).

Francis Drésel, directeur de la programmation musicale de Radio Classique