RACHMANINOV Serge – La biographie

(1873-1943) 20ème siècle

Dernier compositeur romantique dans la lignée des Chopin, Liszt et Tchaïkovski qu’il vénérait, Rachmaninov a choisi l’exil lors de la Révolution russe de 1917. Toute son œuvre, est portée par le lyrisme tumultueux de la culture russe et de la nostalgie du pays.

 

Rachmaninov en 10 dates :

1873 : Naissance à Oneg, en Russie

1892 : Aleko, premier opéra

1897 : Echec de la Symphonie n°1

1901 : Création triomphale du Concerto pour piano n°2. Début de la composition des Préludes

1907 : Symphonie n°2

1909 : Concerto pour piano n°3

1917 : Fin de la composition des Etudes-Tableaux. Exil définitif de Russie

1935 : Installation aux Etats-Unis

1940 : Danses symphoniques

1943 : Mort à Los Angeles

 

Pour le jeune Rachmaninov, les encouragements de Tchaïkovski sont décisifs : il sera compositeur !

Né à Oneg, dans le district de Novgorod, le 1er avril 1873, Serge Rachmaninov témoigne de dons de pianiste précoce. A l’âge de douze ans, il entre au conservatoire de Moscou dans la classe de Nikolaï Zverev pour le piano, Anton Arenski pour la composition et Sergei Taneiev pour le contrepoint. On ne peut alors rêver mieux d’autant que son cousin Alexandre Siloti, pianiste déjà considéré comme une “légende”, lui donne quelques cours.

Il a dix neuf ans, lorsqu’il compose en 1892, son premier opéra, Aleko, qui est son épreuve de sortie du conservatoire. La même année, il termine ses Pièces-fantaisie pour piano. C’est sur les encouragements de Tchaïkovski qu’il se met à composer des pièces avant tout pour le piano comme la Fantaisie-Tableau pour deux pianos, en 1893. Un étonnant poème symphonique, le Rocher voit le jour ainsi que le Prélude pour piano en ut dièse mineur op.3 n°2 qui deviendra un “tube” planétaire.

Toutefois, Rachmaninov ne se destine pas encore à la composition, mais à une carrière de concertiste. Le jeune musicien possède déjà une technique phénoménale qui se caractérise par un jeu à la fois limpide et d’une très grande expressivité.

 

 A cause de l’échec de sa Première Symphonie, Rachmaninov envisage d’arrêter la composition

Le premier écueil à cette activité créatrice apparaît en 1897 : c’est l’échec public de sa Première Symphonie, certes mal dirigée par Alexandre Glazounov, apparemment ivre. Le traumatisme qui s’en suit est si profond que Rachmaninov arrête toute composition. La même année, il entame une carrière de chef d’orchestre, dirigeant l’opéra privé de Mamontov, à Moscou. Il se lie d’amitié avec la basse Fédor Chaliapine. Après une psychothérapie auprès du docteur Niels Dahl,qui pratique l’hypnose, il se remet à la composition, offrant au public russe, la plus populaire de ses compositions : le Concerto pour piano n°2 (1901). Le triomphe est au rendez-vous. Il reprend l’écriture et achève, la même année, la Sonate pour violoncelle et piano.

 

 

C’est grâce au Concerto pour piano n° 2 que Rachmaninov reprend confiance en lui-même. Les succès internationaux s’enchaînent sans discontinuer

En 1902, Rachmaninov épouse sa cousine Natalie Satina. Il est engagé pour diriger deux saisons au Théâtre du Bolchoï de Moscou. Il acquiert une superbe technique de chef d’orchestre. Entre 1906 et 1909, le couple s’installe à Dresde, une ville au centre de l’Europe qui permet au pianiste invité par les plus grandes salles de concert, d’être disponible pour se produire n’importe où. Dans les années qui suivent, Rachmaninov compose la plupart des grandes partitions de son catalogue, qu’il s’agisse des pièces pour le piano ou bien pour l’orchestre : Francesca da Rimini (1905), la Seconde Symphonie (1907), son œuvre symphonique la plus célèbre, mais également le poème symphonique l’Ile des morts (1909) puis le Troisième Concerto pour piano (1909) sans oublier les Préludes dont la composition débutée en 1901 s’achève en 1910. Ces derniers associés aux gigantesques Etudes-Tableaux (1911-1917) forment le socle de sa technique pour le piano et de ses recherches sonores.

N’oublions pas non plus plusieurs cycles de mélodies, près de quatre-vingt-dix en tout et qui sont l’expression la plus secrète de l’âme slave du musicien.

En 1909, Rachmaninov effectue son premier voyage aux Etats-Unis. Il y est accueilli triomphalement, à tel point qu’il lui est proposé la direction du prestigieux Orchestre Symphonique de Boston. Il refuse et revient en Europe.

 

 

La Révolution russe de 1917 brise les attaches du musicien avec sa patrie 

Bien que menant sa carrière en dehors de son pays, Rachmaninov célèbre, dans ses œuvres, la culture slave et l’une de ses composantes fondamentales : la religion orthodoxe. Ainsi, comme Tchaïkovski, il se penche sur la création musicale d’offices religieux au XXe siècle. La Liturgie de Saint Jean de Chrysostome (1910) et les Vêpres (1915) deux chefs-d’œuvre de la liturgie, associent mélodies traditionnelles et magnificence sonore. Les autres répertoires ne sont pas pour autant négligés. C’est ainsi que l’étonnante partition, Les Cloches, poème symphonique pour chœur et solistes et la Sonate pour piano n° 2, monument de la littérature pianistique voient le jour en 1913.

Entre 1910 et 1917, Rachmaninov entreprend une carrière de chef d’orchestre à la tête de la Société Philharmonique de Moscou. En décembre 1917, il profite d’une tournée en Suède pour quitter la Russie. Il refuse de rester dans son pays en proie à la violence révolutionnaire. Il ne peut se douter qu’il n’y reviendra jamais contrairement à son compatriote Serge Prokofiev. Toute sa vie durant, et malgré une reconnaissance internationale, Rachmaninov souffrira du mal du pays.

 

Entre l’Europe et les Etats-Unis, Rachmaninov mène une prodigieuse carrière de concertiste. Le compositeur passe au second plan

« Je ne suis jamais parvenu à savoir si ma véritable vocation est celle de compositeur, de pianiste ou de chef d’orchestre » avoua Serge Rachmaninov… Il s’installe Etats-Unis où il réside jusqu’en 1928 puis en France et en Suisse. Ce n’est qu’en 1935, qu’il s’établit définitivement aux Etats-Unis.

Après la Première Guerre mondiale, sa production se ralentit. Quelques œuvres voient le jour : le Concerto pour piano n°4 (1926), les Variations sur un thème de Corelli (1931), la Rhapsodie sur un thème de Paganini (1934) et des partitions peut être moins novatrices comme la Symphonie n°3 (1936). Son génie de l’orchestration est toujours aussi vif. Il ne revendique aucune filiation esthétique, indifférent à la modernité des années trente et quarante lorsqu’il compose ses fameuses et géniales Danses Symphoniques (1940), son testament musical. Chez Rachmaninov, c’est la primauté du chant et de la tonalité dans le prolongement de l’écriture romantique du XIXe siècle qui dominent. En témoignent les nombreux enregistrements qu’il a laissé à la postérité, aussi bien en tant que pianiste ou chef d’orchestre.

 

 

Serge Rachmaninov meurt le 28 mars 1943 à Beverly Hills. Quelques semaines auparavant, il s’était fait naturaliser américain.