Hiver 1897. La création infructueuse de la Symphonie n° 1 de Rachmaninov plonge le compositeur dans une longue traversée du désert. Une route pavée d’angoisse, d’insomnie et d’alcoolisme. Un aller simple vers la dépression. A qui la faute ? Au public ou à sa propre musique ? L’absence de réponse le taraude. Heureusement, Rachmaninov peut compter sur ses cousins, les Satin, pour le sortir d’affaire !
Comment sortir Rachmaninov de sa mélancolie ? Voilà quelques mois que ses mains tremblent à l’idée de jouer au piano, qu’il se retrouve complètement prostré à l’idée d’écrire la moindre mesure, que la musique devient pour lui cette zone d’inconfort où le doute revêt souvent l’habit de l’imposture. Il faut dire que l’échec de sa symphonie l’obsède au plus haut point, et que plus rien ne semble vouloir sortir de ce génie tourmenté : ni désir, ni envie. Le calme plat. Si ce n’est une passion tenace pour la littérature.
De cette étincelle de vie, la famille Satin, cousins maternels de Rachmaninov, décide de l’attiser : une rencontre avec Léon Tolstoï, l’écrivain fétiche de Rachmaninov, est organisée en février 1898 pour raviver la flamme.
Rachmaninov rendu encore plus anxieux qu’avant
Hélas, ce que la famille pensait être un nouveau souffle pour Rachmaninov à l’effet d’un pétard mouillé. Pire encore : les conseils du maître rendent le jeune compositeur encore plus anxieux qu’il ne l’est : « Il [Tolstoï] a vu à quel point j’étais nerveux » confiera Rachmaninov bien des années après : « Lorsque nous nous sommes mis à table il m’a dit “Tu crois que ça me fait plaisir de me retrouver seul avec moi-même ? Le travail, il n’y a que ça de vrai. Pas un jour ne passe sans que je travaille.” et d’autres phrases du même acabit. » Une deuxième rencontre avec Tolstoï aura bien lieu, et malgré les recommandations prises au pied de la lettre, voilà que le pauvre compositeur reçoit les blâmes du maître : « Peut-on vouloir d’une telle musique ? » aurait-il dit à Rachmaninov selon les propos rapportés par Chaliapine, témoin au moment de l’ultime humiliation (Matthew-Walker, 1985).
Pour Sergueï s’en est trop. Quant aux Satin, il faudrait peut-être changer de fusil d’épaule…
C’est alors qu’en 1900 Rachmaninov fait une rencontre décisive : un compatriote russe, neurologue de profession, qui pourrait soigner son mal-être grâce aux enseignements d’un célèbre professeur français, Jean-Martin Charcot, en hypnothérapie. Son nom : Nicolaï Vladimirovitch Dahl. « Dahl utilisa (avec Rachmaninov) la suggestion hypnotique : “Vous allez écrire un concerto, et ce sera un très beau concerto”, assortie de soutien, de discussions et de conseils. » écrit le psychiatre Jean Cottraux dans Psychothérapie cognitive de la dépression.
Le Concerto n°2 de Rachmaninov l’a sauvé
Des séances d’hypnose qui auraient eu des effets concrets sur le mental et l’hygiène de vie du compositeur : « Ces sessions dans le bureau du Dr. Dahl […] l’auraient aidé à dormir plus paisiblement et plus profondément chaque nuit, à améliorer son humeur quotidienne et son appétit, et surtout, à retrouver en lui son amour pour la composition. » rapportent les biographes Bertensson et Leyda.
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C’est ainsi qu’à partir de la même année, Rachmaninov réendosse l’habit du compositeur pour mettre en note ce qui deviendra une œuvre à succès et surtout, l’un de ses plus grands chef-œuvres : le Concerto pour piano n° 2. Concerto qu’il dédiera… à un certain Nikolaï Vladimirovitch Dahl !
Clément Serrano
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