HOROWITZ Vladimir – biographie

(1903-1989) Pianiste

Pour Clara Haskil, Horowitz fut « Satan au piano », Richter ne pouvait le souffrir et Martha Argerich affirma qu’il était « l’amant idéal du piano ». Il n’a cessé de diviser le monde musical. Il reste néanmoins l’un des grands virtuoses dans la lignée d’un Liszt ou d’un Rachmaninov.

 

Vladimir Horowitz en 10 dates :

  • 1903 : naissance en Ukraine
  • 1914 : rencontre Alexandre Scriabine
  • 1925 : départ d’URSS
  • 1928 : rencontre Serge Rachmaninov à New York
  • 1933 : épouse la fille de Toscanini
  • 1935 : première dépression nerveuse
  • 1965 : « Historic Return » à Carnegie Hall
  • 1978 : concert du jubilé
  • 1986 : retour à Moscou
  • 1989 : mort à New York

 

« Je suis un artiste du XIXe siècle. Je joue librement dans le grand style », avait l’habitude de dire Vladimir Horowitz.

La sonorité unique d’Horowitz était le fruit d’une mystérieuse alchimie. Il jouait les doigts à plat, les poignets très bas et possédait un jeu très clair sur un clavier très léger avec des touches qui réagissaient au moindre effleurement. Donc un jeu à grand risque. Sa riche palette de couleurs provenait d’un amour du chant, d’une grande imagination sonore et d’un usage des pédales autorisant des alliages harmoniques inconnus avant lui. Ce jeu fait merveille dans la musique romantique, Schumann, Chopin, Liszt et Rachmaninov en particulier.

 

« On ne discute pas la beauté des chutes du Niagara, on remercie Dieu de les avoir créées. C’est pareil avec Horowitz », a dit son ami le violoniste Nathan Milstein.

Vladimir Horowitz naît le 1er octobre 1903 à Berditchev en Ukraine, dans une famille de la bourgeoisie juive cultivée. Il reçoit ses premières leçons de sa mère et entre au Conservatoire de Kiev. Il joue devant Scriabine qui l’encourage. De ses professeurs, il se souvient surtout de Felix Blumenfeld. En 1925, il quitte l’Union soviétique pour Berlin et fait la connaissance d’Artur Schnabel. Il provoque un malheur à Hambourg avec le Concerto n° 1 de Tchaïkovski. Il fait la conquête de Paris et rencontre Maurice Ravel. En 1928, il fait ses débuts aux États-Unis et rencontre son idole Serge Rachmaninov qui l’accompagne au deuxième piano dans son Concerto n° 3 chez Steinway à New York.

 

« Voilà comment j’ai toujours rêvé qu’on joue mon concerto », dit Serge Rachmaninov lors d’un concert d’Horowitz à Hollywood Bowl.

Dans les années 1930, Horowitz enregistre à Londres plusieurs œuvres dont la Sonate en si mineur de Liszt. Ces disques demeurent parmi les plus beaux de sa carrière. Arthur Rubinstein l’entend jouer à Paris et décide de réviser toute sa technique.

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En 1933, Horowitz rencontre Arturo Toscanini et épouse sa fille Wanda. Il apprend la mort de sa mère restée en Russie alors que sa femme met au monde une fille en 1934. Ses nerfs sont mis à rude épreuve et provoquent son premier retrait de la scène : « J’étais devenu un pianiste qui jouait à la chaîne. » Il reprend peu à peu confiance en lui et renoue avec le triomphe.

 

Horowitz fait la connaissance de Rudolf Serkin. Les deux artistes qui sont aux antipodes resteront amis toute leur vie.

En 1939, le clan Toscanini s’installe aux États-Unis. Horowitz signe un contrat d’exclusivité avec RCA. Il gagne énormément d’argent en donnant des concerts dans le monde entier. En 1953, il fête ses 25 ans de carrière américaine à Carnegie Hall. Un mois plus tard, il s’effondre nerveusement et se terre dans son appartement de Manhattan. Sa retraite va durer douze ans. En 1955, CBS enregistre chez lui un disque consacré à Clementi, puis un miraculeux florilège de sonates de Scarlatti. La rumeur d’un retour à Carnegie Hall fait la une du New York Times. Il a lieu le 9 mai 1965 et la bande du concert donne lieu à un disque mythique. En 1968, il joue pour les caméras de télévision venues chez lui et devient très populaire. En 1969, il se retire de nouveau de la scène. Il reprend en 1974 avec de nouvelles exigences. Ses concerts doivent commencer à 16 h, uniquement le dimanche, et il exige 80 % de la recette. On raconte qu’il compte les billets avec sa femme à l’entracte. En 1975, il apprend le suicide de sa fille Sonia.

 


Impromptu n°3 de Schubert (Concert à Vienne, 1987)

 

Pour fêter son jubilé américain, il joue le Concerto n° 3 de Rachmaninov avec Eugene Ormandy à Carnegie Hall en 1978.

Dans les années 1980, Horowitz entreprend une grande tournée mondiale. Il joue au Théâtre des Champs-Élysées alors qu’il n’a pas joué en France depuis trente ans. Martha Argerich, Nelson Freire, Krystian Zimerman sont dans la salle. En 1986, c’est le retour historique en Russie. Après soixante ans d’absence, l’émotion est immense. En 1987, Horowitz joue le Concerto n° 23 de Mozart (son amour tardif) avec Carlo Maria Giulini. Cette merveilleuse rencontre est enregistrée, filmée et donne lieu à un documentaire. À quatre-vingts ans, à Vienne, à Berlin, à Hambourg, à Amsterdam, Horowitz montre qu’il demeure l’un des plus grands magiciens de tous les temps.

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Il meurt le 5 novembre 1989. Il est enterré dans le caveau des Toscanini au cimetière central de Milan. Avec Alfred Cortot, il est toujours le pianiste préféré des jeunes pianistes cultivés d’aujourd’hui.

 

Olivier Bellamy

 

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