SCARLATTI Domenico – biographie

(1685-1757) Epoque baroque

Le compositeur des 555 sonates pour clavecin est aujourd’hui plus célèbre que son père Alessandro, directeur de la musique de la Chapelle Royale de Naples et compositeur prolifique d’opéras. Mais Domenico ne composera ses chefs d’œuvre pour clavecin qu’après la mort de son père, et après avoir quitté l’Italie pour l’Espagne, appelé par sa royale élève la reine Maria Barabara !

 

Domenico Scarlatti en 10 dates :

  • 1685 : Naissance à Naples
  • 1709 : Arrivée à Rome
  • 1718 : Bérénice (création à Rome, dernier opéra)
  • 1719 : Arrivée au Portugal
  • 1725 : Mort d’Alessandro Scarlatti
  • 1733 : Installation à Madrid
  • 1738 : Les Essercizi (publication)
  • 1746 : Maria Barbara reine d’Espagne
  • 1752 : Sonates (composition)
  • 1757 : Mort à Madrid

 

Domenico Scarlatti passe sa jeunesse dans un bain de musique

Sixième d’une fratrie de dix, Domenico baigne dans un monde de musique dirigé par son père, grand personnage de Naples. Il apprend très vite et maîtrise admirablement le clavier. A seize ans il est nommé Maître de Chapelle et à dix-huit ans il part pour Venise, avec une lettre de recommandation de son père. Il y reste cinq ans, apprend la composition avec Gasparini, rencontre Vivaldi et Haendel, mais ne reçoit aucune commande d’opéra. Il rejoint son père à Rome, où le cardinal Ottoboni et une reine exilée de Pologne organisent des concerts et commandent des opéras. Domenico en compose sept entre 1710 et 1714, dont Tolomeo et Alessandro – l’un des seuls à avoir survécu. En 1715 le Vatican le nomme maître de Chapelle, poste qu’il occupe quatre ans et qui le conduit à composer des œuvres religieuses (Miserere, Stabat Mater), mais ne l’empêche pas de composer aussi des œuvres lyriques, notamment Bérénice reine d’Egypte, son dernier opéra.

 

Au Portugal, il est chargé d’enseigner la musique aux enfants de la famille royale

Ayant connu l’ambassadeur du Portugal à Rome, Domenico est appelé à Lisbonne comme maître de Chapelle et professeur de musique de la famille royale. Il y arrive en 1719 et restera cinq ans, composera des œuvres religieuses, des sérénades et des sonates, dont la plupart des partitions disparaîtront dans le tremblement de terre de 1755. Il enseigne la musique à la fille du roi, la jeune Maria Barbara, future reine d’Espagne, avec laquelle une complicité durable va déterminer la suite de sa carrière.

 

La princesse du Portugal, marié à l’Infant d’Espagne, l’invite à la rejoindre dans son nouveau palais

Revenu en Italie en 1724, Domenico retrouve son père. Mais, âgé, celui-ci meurt à Naples l’année suivante. C’est une période douloureuse qui l’atteint profondément et dont il sort en 1728 par son mariage avec une jeune romaine de seize ans. L’année suivante, c’est le mariage de son élève royale… qui l’appelle à la rejoindre en Espagne. La famille est d’abord établie à Séville où l’ambiance est plutôt morose, sauvée par la musique et les chants andalous. Lorsque l’infante et sa cour sont appelées à Madrid, Domenico les suit et s’installe définitivement dans la capitale. L’une de ses premières compositions madrilènes est une messe à quatre voix, dite Messe de Madrid.

 

Les sonates pour clavecin sont composées en Espagne pour sa royale élève

La publication des trente premières sonates, sous le titre d’Essercizi, date de 1738, année de félicité et d’adoubement royal. Et ce sera seulement autour de 1752 que seront composées pour Maria Barbara, devenue reine d’Espagne, toutes les autres sonates rassemblées en quinze volumes. L’histoire prétend que son amie la reine lui aurait passé cette commande en échange du règlement de ses dettes de jeu !
Une fois achevé le travail sur les sonates, avec l’aide de son disciple Antonio Soler qui en a assuré la copie, Domenico se replie du grand monde. Il compose sa dernière œuvre, un Salve Regina, comme un adieu à Maria Barbara. Il meurt à Madrid en juillet 1757. La reine, pourtant bien plus jeune, décède un an plus tard. Des neuf enfants que Scarlatti a eu de ses deux mariages, aucun n’est musicien.


Sonate pour clavecin K. 208 (Jean Rondeau)

 

Sa postérité est assurée aussi bien par les clavecinistes que par les pianistes

A la fin du XVIIIème siècle, Clementi fait connaître en Angleterre puis dans toute l’Europe l’œuvre pour clavecin de Scarlatti. Puis Chopin et Liszt jouent au piano certaines pièces en guise de bis. Les manuscrits des sonates, qui avaient été légués par la reine au castrat Farinelli, son hôte de luxe, sont conservés à Venise et leur édition commence à Vienne en 1839 grâce à Czerny. Schumann et surtout Brahms s’en emparent. La première édition intégrale des 555 sonates par l’italien Longo date de 1906, puis ce sera celle plus rigoureuse de Kirkpatrick en 1953 après des années de recherche. Dès lors toute une lignée de clavecinistes, de Wanda Landowska à Scott Ross et aujourd’hui Pierre Hantaï, contribuent à la gloire posthume de Scarlatti. Les pianistes ne sont pas en reste, depuis Marcelle Meyer jusqu’à Lucas Debargue. La forme particulière inventée par Scarlatti pour ses sonates, d’un seul mouvement et d’une durée de quelques minutes seulement, fait partie pour toujours du patrimoine musical dans ce qu’il a de plus remarquable.

 

Philippe Hussenot

 

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