RAMEAU Jean-Philippe – LA BIOGRAPHIE

(1683-1764) Epoque baroque

Rameau est pour certains le plus grand compositeur français. Contemporain de Bach, Händel et Scarlatti, il n’a commencé à se faire connaître qu’à l’âge de cinquante ans. Ses traités d’harmonie et son implication à près de soixante-dix ans dans la Querelle des bouffons, où il s’affronte à Rousseau, l’ont rendu aussi célèbre que ses opéras, chefs d’oeuvre de la musique baroque.

 

Rameau en 10 dates :

1683 : Naissance à Dijon

1702-1722 : Organiste à Clermont-Ferrand, Dijon, Lyon

1722 : Publication du « Traité de l’harmonie réduite à ses principes naturels »

1724 : Pièces de clavecin (publication du deuxième recueil)

1733 : Hippolyte et Aricie (tragédie lyrique créée à l’Académie royale de musique)

1735 : Les Indes galantes (opéra-ballet créé à l’Académie royale de musique)

1752 : Début de la Querelle des bouffons

1760 : Les Paladins (comédie-ballet créée à l’Académie royale de musique)

1763 : Les Boréades (composition)

1764 : Mort à Paris

 

Rameau est organiste d’église pendant la première partie de sa vie

Né à Dijon, dans une famille nombreuse, Jean-Philippe Rameau est initié à la musique par son père organiste. Il devient lui-même organiste d’église et occupe des postes dans plusieurs villes, dont Clermont-Ferrand où il restera jusqu’en 1722. Il arrive alors à Paris et collabore à des spectacles de théâtre de Foire. Il se marie en 1726 avec une jeune musicienne dijonnaise et aura quatre enfants. Après son Traité de l’harmonie, il publie son Nouveau système de musique théorique, qui en fait un savant reconnu. Ses premières compositions sont des grands Motets, autour de 1715, sur des psaumes de la Bible, sauvés de l’oubli par Philippe Herreweghe qui les a enregistrés avec son ensemble La Chapelle Royale en 1982, puis par William Christie et les Arts Florissants.

 

Ses Suites pour clavecin longtemps ignorées sont devenues des « tubes »

Rameau compose également des pièces pour clavecin publiées dans trois recueils successifs (1706, 1724,1728). Le dernier recueil, appelé Nouvelles Suites, est le plus joué aujourd’hui par des clavecinistes et des pianistes qui ont redécouvert ces pièces après Wanda Landowska qui les joua au clavecin dès 1920 puis Marcelle Meyer qui la première les enregistra au piano en 1953. Le claveciniste Scott Ross contribua également à la renaissance de ces œuvres en les enregistrant en 1975.

 

Il est engagé par un très riche mécène qui lui donne une situation stable

Alexandre de la Pouplinière est un très riche fermier général qui dispose de son propre orchestre, dont il nomme Rameau directeur. Il le restera plus de vingt ans (1731-1753) et pourra composer et produire ses nombreux opéras.

 

Ses trois premiers opéras Hippolyte et Aricie, Les Indes galantes et Castor et Pollux sont des succès immédiats

Hippolyte et Aricie est créé à l’Académie royale de musique (Théâtre du Palais Royal) le 1er octobre 1733 et remporte un grand succès, par sa richesse musicale et l’abondance des airs chantés par les principaux personnages de cette histoire mythologique inspirée de Phèdre de Racine. Les Indes galantes deux ans plus tard emporte également l’adhésion du public, dans le genre différent de l’opéra-ballet, qui offre un spectacle total où la musique tient la première place. Castor et Pollux suit et consacre Rameau, qui est désormais le compositeur favori de la cour royale. Il sera nommé compositeur de la Chambre du roi, et, revers de la médaille, deviendra la cible des Encyclopédistes, dans la Querelle des Bouffons.

 

La Querelle des bouffons

C’est à l’occasion d’une représentation à l’Académie royale de musique d’une œuvre de Pergolèse par une troupe italienne qu’éclate en 1752 cette Querelle qui durera longtemps. Elle oppose les tenants de la musique italienne à ceux de la musique française traditionnelle. Les premiers sont représentés par Rousseau et les Encyclopédistes, les seconds par Rameau et les proches du roi. Les échanges d’invectives et de pamphlets qui peuvent sembler un peu surjoués, sont néanmoins annonciateurs d’une période pré-révolutionnaire.

 

Les dernières années

Après avoir quitté son riche protecteur, Rameau poursuit son travail de composition et conserve les faveurs du roi. Ses œuvres sont régulièrement représentées et il crée en 1760 Les Paladins, une comédie-ballet, qui est un échec, en partie à cause du livret pourtant inspiré d’un conte de La Fontaine. Il ne verra pas son dernier opéra, Les Boréades, composé peu avant sa mort, qui ne sera créé que deux siècles plus tard, en 1982, au Festival d’Aix en Provence, sous la direction de John Elliot Gardiner.

Rameau décède à Paris l’été 1764, il est inhumé à Saint Eustache. On raconte qu’au prêtre venu lui donner l’extrême onction, il aurait demandé de ne pas chanter si faux !

 

Les héritiers de Rameau

Le XIXème siècle a ignoré Rameau. Il faut attendre Camille Saint-Saëns qui se charge en 1893 de l’édition des œuvres complètes et Claude Debussy qui compose en 1905 un Hommage à Rameau pour son recueil Images. Paul Dukas compose également des Variations sur un thème de Rameau, et Ravel un Tombeau de Couperin en reprenant une suite de danses du XVIIIème siècle, à la manière de Rameau et Couperin.

Le retour en grâce de la musique baroque dans la seconde moitié du XXème siècle redonne vie au grand compositeur, tant pour ses œuvres pour clavecin que pour ses opéras, qui mobilisent toute une nouvelle génération de musiciens et de metteurs en scène. Christophe Rousset qui a enregistré les pièces pour clavecin en 1991 et écrit un livre sur Rameau (Actes Sud / Classica, 2007) a bien compris la complexité de sa personnalité et la sophistication de sa musique, musique « baroque » justement, puisque le mot lui a été appliqué pour la première fois en 1740 pour son opéra Dardanus, Rameau le plus baroque des classiques !

 

Philippe Hussenot