Jean-Philippe Rameau : quel est le lien entre sa théorie de l’harmonie et les mathématiques ?

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Compositeur français connu pour ses œuvres lyriques – Les Indes Galantes, Hippolyte et Aricie, Castor et Pollux…), chef de file des défenseurs de la musique française face à la nouvelle vague italianisante de la musique, Jean-Philippe Rameau fut également une figure importante de la théorie musicale. Son principal fait d’armes ? Rendre compte d’un principe essentiel qui offre à l’oreille le meilleur de la musique : l’harmonie !


En 1722, Jean-Philippe Rameau inaugure avec son Traité de l’Harmonie réduite à ses principes naturels le premier volet d’une longue série d’œuvres théoriques portant sur le sujet, et qui l’occupera jusqu’à sa mort, en 1764. Des ouvrages à vocation scientifique et pédagogique qui ont pour objectif de clarifier les propriétés de la musique en faisant appel à la raison et non à la pratique : « Et en un mot, les lumières de la raison dissipant ainsi les doutes de l’expérience peut nous plonger à tout moment, seront de sûrs garants du succès qu’on pourra se promettre dans cet art ». C’est dans cet effort d’intellectualisation de la musique que l’harmonie, l’élément central de la doctrine de Rameau, peut être étudiée.

Mais qu’entend-on par le terme d’« harmonie » ? Tout simplement l’art de combiner les sons entre eux pour un rendu qui sonne beau, qui sonne juste, qui sonne… harmonieux ! Une architecture sonore dont le savant agencement découlerait, pour Rameau, de lois naturelles, de principes innés à la musique, à condition d’y prêter une oreille ! Car ce que Rameau ne vous a encore pas dit, c’est comment trouver ces précieuses combinaisons.

L’accord parfait, une combinaisons de sons

Se basant sur les recherches en acoustique du physicien Joseph Sauveur et sur le travail de réflexion du philosophe René Descartes mené sur le monocorde – un instrument de musique ne comportant qu’une seule et unique corde -, Jean-Philippe Rameau vient à la conclusion que derrière chaque son émis se dégage une résonance qui « fait entendre trois sons différents à la fois », une combinaison de sons qu’il nomme « accord parfait », ainsi que des sons inaudibles à l’oreille mais qui forment eux aussi d’autres combinaisons de sons allant du grave à l’aigu.

De ce phénomène, Rameau utilise les mathématiques pour dresser un tableau où sont répertoriées les combinaisons sonores qui permettent de réaliser un accord harmonieux, ou à l’inverse un accord dissonant « Rien n’est plus facile que de pratiquer des Accords Consonans, et même les Dissonans, par le moyen de règles fondamentales de l’Harmonie, dont on peut tirer tout le Chant imaginable etc. » précise-t-il dans son premier traité.

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En théorisant ainsi le principe de l’harmonie à travers ses différents essais, Rameau vient bousculer une habitude de pensée selon laquelle la mélodie est au cœur de toute création musicale, là où dans sa doctrine elle n’en est que la résultante.  On peut aussi voir dans ce travail d’une vie une réponse à la Querelle des Bouffons (1752-1754) qui voit deux écoles s’affronter : celle de Jean-Philippe Rameau, défenseur d’une musicalité toute française, et celle d’un certain Jean-Jacques Rousseau, ambassadeur du chant à l’italienne.

Clément Serrano

 

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