Matignon : tentatives de suicide dans les services du Premier ministre, quand la souffrance au travail gagne les plus hautes sphères

Ian Langsdon/AP/SIPA

France Inter a publié hier une enquête mettant en lumière une série de suicides et de tentatives au sein des services de Matignon, sur fond de souffrance au travail et de management sous tension. Un drame qui secoue l’administration centrale et en révèle les dysfonctionnements.

 

Ces révélations sont à prendre au sérieux car le phénomène est d’une ampleur jamais vue dans des services aussi centraux que ceux de Matignon.

Deux agents issus respectivement du secrétariat général pour l’investissement et du secrétariat général du gouvernement ont mis fin à leur jour en mars 2026, à seulement quelques jours d’écart, dans un contexte identifié de souffrance au travail.

Deux autres ont fait une tentative de suicide, dont une fonctionnaire au service de la Correspondance du Premier ministre, qui gère notamment le courrier de Sébastien Lecornu.

Les salariés sont sous le joug d’une pression constante

Elle a été rattrapée in extremis par un passant sur le quai d’une gare alors qu’elle allait se jeter sous un train. Une enquête préliminaire a été ouverte.

Cette épidémie de suicide n’est pas sans rappeler, toutes proportions gardées, les 35 salariés de France télécom qui avaient mis fin à leurs jours en 2008 et 2009.

Les symptômes sont les mêmes : pression accrue sur fond de plans d’économies, management toxique suscitant un sentiment d’abandon chez les salariés, procédures d’alerte ignorées par les ressources humaines.

La différence, c’est qu’il s’agit ici d’une administration publique au plus haut niveau de l’État, censée donc être exemplaire.

Ces cas ont tendance à se multiplier au sein de la classe politique.

Plusieurs députés et ministres ont été visés ces dernières années par des accusations de harcèlement moral sur des membres de leur cabinet.

Une secrétaire d’Etat issue du Modem, Nathalie Elimas, a même dû démissionner à la suite d’accusations de maltraitance portées par cinq de ses collaborateurs.

Plus généralement, ces petites mains de la politique, indispensables au bon fonctionnement du sommet de l’État, souffrent d’une absence de reconnaissance.

Des tests de drogue ont été réalisés cet été sous la demande du Premier ministre

Corvéables à merci, mal rémunérés, les conseillers politiques et hauts fonctionnaires de certaines administrations, comme la direction des finances publiques à Bercy, sont d’ailleurs de plus en plus nombreux à quitter la fonction publique d’Etat pour rejoindre le privé.

D’autres sombrent dans des problèmes d’addiction : plusieurs collaborateurs gouvernementaux ont été écartés cet été après des tests de dépistages de drogue positifs.

Ceux-ci avaient été décidés par Sébastien Lecornu lui-même, désireux de rétablir une forme d’exemplarité à l’heure où l’exécutif fait la guerre au narcotrafic. Mais tout laisse à penser qu’au-delà des sanctions prononcées, les services du Premier ministre n’ont pas traité le fond du problème.

Le contexte politique a contribué à ce mal-être

Quand on discute avec eux, beaucoup de conseillers ministériels ou parlementaires disent avoir souffert de l’instabilité politique inédite qui règne depuis la dissolution de 2024. L’Assemblée a été largement renouvelée et le gouvernement a changé quatre fois en deux ans.

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C’est autant de turnover de collaborateurs, de renouvellement de contrats de plus en plus courts et donc de plus en plus précaires. Et surtout une pluie de licenciements sans autre forme de procès.

Peu ou pas d’indemnité, pas de recours, pas de plan de reconversion, bien loin donc de l’exemplarité prônée au sommet de l’Etat. On le sait, comme souvent, les cordonniers sont les plus mal chaussés.

 

Jim Jarrassé

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