Lang Lang

Dans une Chine devenue ultra compétitive, où le piano est considéré comme l’instrument roi de la musique occidentale et facteur possible d’ascension sociale, Lang Lang a toujours rêvé de devenir « numéro un ». Né à Shenyang (comme Seiji Ozawa, quant à lui de parents japonais) le 14 juin 1982, il se met au piano à moins de trois ans suite à un dessin animé de Tom et Jerry se chamaillant autour de la 2e Rhapsodie de Liszt… Vivement encouragé par son père, joueur d’erhu, il étudie au conservatoire de sa ville natale, gagne déjà un concours et donne son premier récital à l’âge de cinq ans. Il doit ensuite préparer à Pékin son entrée au Conservatoire central, qu’il réussit dès 1991. Après d’autres succès, il peut se perfectionner de 1997 à 2002 au Curtis Institute de Philadelphie après de Gary Graffman. Ce dernier, féru de culture chinoise (il sera aussi le professeur de Yuja Wang) mais frappé par la volonté de Lang Lang de passer tous les concours possibles, lui demande un jour s’il est « pianiste ou tennisman » et lui conseille d’approfondir son approche personnelle des œuvres. La consécration vient en 1999, lorsqu’il remplace au pied levé André Watts au Festival de Ravinia dans le 1er Concerto de Tchaïkovski, et remporte un triomphe avec le Symphonique de Chicago placé sous la direction de Christoph Eisenbach.

Tournée internationales et débuts à sensation (aux BBC Proms, par exemple) s’enchaînent et en 2003 Lang Lang signe sa première gravure chez Deustche Grammophon : même Concerto de Tchaïkovski (auquel s’ajoute le Premier de Mendelssohn) et même orchestre, cette fois dirigé par Daniel Barenboim, dont il admire par ailleurs la profonde compréhension de l’univers beethovénien. Puis Deutsche Grammophon capte sur le vif son premier récital à Carnegie Hall, salle mythique où il a débuté avec le Concerto de Grieg et qui le fascine, tout comme celle du Musikverein de Vienne, où il enregistre les deux concertos de Chopin en 2008. C’est aussi l’année de sa touchante autobiographie, Le Piano absolu, et des Jeux Olympiques de Pékin, où non moins de cinq milliards de téléspectateurs le voient jouer à la cérémonie d’ouverture ! Passionné tant par le cinéma – il a participé à des bandes originales de Tan Dun (Le Banquet) ou d’Alexandre Desplat (Le Voile des illusions) et créé un concerto de Nigel Hess – que par l’avenir des jeunes (« ambassadeur de bonne volonté » de l’UNICEF), il est à l’origine d’un « effet Lang Lang » : des apprentis pianistes qui se comptent désormais par dizaines de millions en son pays !

Francis Drésel, directeur de la programmation musicale de Radio Classique