L’Europe a longtemps été accusée d’être naïve face à la Chine, car Pékin a massivement aidé ou subventionné, directement ou indirectement, ses constructeurs de voitures électriques. Aujourd’hui Bruxelles ouvre une enquête pour tenter de prouver que les aides chinoises à ses entreprises sont illégales.
Il y a un vrai problème de réciprocité : nous taxons moins les importations chinoises qu’ils ne taxent nos exportations, et les constructeurs européens sont nombreux à accuser leurs concurrents chinois de concurrence déloyale. L’aide massive de Pékin leur permettrait d’exporter en cassant les prix. C’est une forme de dumping.
Les Chinois vendent en-dessous de leurs coûts réels, ce qui va leur permettre de capter de nombreuses parts de marché. Ils fragilisent ainsi les constructeurs européens et une fois que ceux-ci auront un genou à terre, ils remonteront leurs prix. La menace est bien réelle puisque la part de marché des voitures chinoises en Europe a doublé en un an, se hissant à 8 % cette année pour les électriques neuves, contre 4 % en 2021.
Un bras de fer avec Pékin qui s’annonce compliqué
La Commission européenne a donc annoncé l’ouverture d’une enquête pour vérifier que les constructeurs chinois n’ont pas bénéficié d’aides illégales. Cela peut être des prêts à taux réduits, des aides à l’investissement ou à l’achat de matières premières. Selon le droit européen, la Commission peut appliquer des droits de douane préventifs et temporaires comme mesure de rétorsion après une enquête qui pourrait durer un peu moins d’un an. Des sanctions qui peuvent ensuite devenir définitives. Mais c’est un bras de fer qui s’engage avec Pékin et qui s’annonce très compliqué.
Bruxelles va devoir prouver que les aides chinoises sont illégales. Il faut aller sur place, accéder à des tas de documents, ce n’est pas facile ! Ensuite, les Chinois vont dire qu’ils sont plus compétitifs parce que leur marché domestique et plus grand, parce qu’ils sont en avance et vendent plus de modèles électriques.
Ils sont plus efficaces parce qu’ils ont plus d’économie d’échelle dans un pays très compétitif. Ils diront en particulier qu’en ce qui concerne les voitures que nous importons de Chine, il y a aussi des BMW, des Mini ou des Tesla qui sont fabriquées là-bas.
Les aides européennes à l’achat de véhicules électriques
La Chine peut aussi envisager des mesures de rétorsion : taper sur nos exportations dans tous les secteurs, frapper nos équipementiers automobiles qui produisent sur place pour les constructeurs locaux. Pékin pourra aussi dire que nous aussi, nous avons mis en place des aides à l’investissement dans les usines de batteries et de voitures. Ils démontreront enfin qu’on a conçu des aides à l’achat de voitures électriques pour favoriser nos constructeurs.
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Et la parade ultime des constructeurs chinois, on le sait, c’est qu’ils peuvent très bien contourner le problème en ouvrant des usines en Europe. En fait la Commission européenne bouge parce qu’elle a obligé les constructeurs européens à prendre très vite le virage de l’électrique alors qu’ils n’étaient pas prêts, et aujourd’hui ils commencent à constater les dégâts.