À Tourcoing, Élisabeth Borne tempère les ambitions présidentielles de Gérald Darmanin

FRANCOIS GREUEZ/SIPA

La rentrée de Gérald Darmanin, hier à Tourcoing, avait été présentée d’avance comme une mise en orbite présidentielle. Finalement, le ministre de l’Intérieur semble s’être montré plus prudent que prévu en raison de la venue d’Élisabeth Borne, bien décidée à tempérer les ambitions présidentielles du ministre de l’Intérieur.

Si, dans son discours, Gérald Darmanin s’est bien gardé de jouer les frondeurs de l’intérieur ou même de s’émanciper de la macronie, c’est lui pourtant qui, quelques jours avant, avait parlé de 2027 et qui avait laissé entendre que l’exécutif ne s’était pas suffisamment intéressé jusqu’à présent aux classes populaires.

Sur le fond, il n’a pas changé de position. Il a répété qu’il fallait « prendre au sérieux » les attentes ou les colères des classes populaires, faute de quoi, Marine Le Pen l’emporterait dans quatre ans.  Mais, sous le regard vigilant plus que bienveillant d’Élisabeth Borne, il s’est d’abord évertué à défendre le bilan du gouvernement, gouvernement dont il est quand même le numéro 3.

Ce rendez-vous de Tourcoing était présenté comme l’acte fondateur sinon d’une rébellion, du moins d’une émancipation. Mais cet événement a été très mal reçu par une partie de la majorité. La venue de la première ministre, qui n’était pas prévue – elle a tenu à la rappeler – avait valeur d’avertissement et signifiait une mise sous surveillance pour le ministre de l’Intérieur. Résultat : Gérald Darmanin s’est montré plus tempéré, plus prudent, plus unitaire et moins solitaire qu’on le pensait.

La présidentielle 2027 dans le viseur de Gérald Darmanin 

À long terme, l’objectif de Gérald Darmanin reste 2027, et il n’est pas le seul à y penser. Édouard Philippe et Bruno Le Maire : ceux qui sont dans la majorité et qui rêvent de l’Élysée savent bien qu’après les deux quinquennats d’Emmanuel Maron, la présidentielle ne se gagnera pas en voulant conserver l’équipe sortante.

Pour gagner, il faudra bien incarner une forme d’alternance et avouez que l’exercice est délicat. Dire nous sommes ministres, mais nous ne ferons pas pareil suppose de bien sentir le calendrier et de bien doser son discours.

Gérald Darmanin se lance donc dans l’exercice, sans fausse pudeur et sans trop d’hypocrisie. Force est de constater qu’il a été à bonne école. Ses deux mentors sont Nicolas Sarkozy qui a joué la « rupture » avec Jacques Chirac tout en étant son ministre le plus important, et Emmanuel Macron qui a défié et finalement empêché François Hollande tout en étant son ministre de l’Économie. Pour faire de telles acrobaties, il faut bien maîtriser l’art de la politique. Gérald Darmanin ne fait que commencer l’entraînement.

Sécurité et immigration : le ministre de l’Intérieur doit encore faire ses preuves pour conquérir un électorat populaire en 2027

Tout compte fait, cette journée à Tourcoing est une réussite pour Gérald Darmanin. Il a su attirer le quart du gouvernement, des élus LR ou Liot, montrant ainsi une certaine capacité au dépassement politique.

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Cela dit, le ministre de l’Intérieur l’a admis dans son discours : « la sécurité est la première des politiques sociales ». Donc s’il veut être soutenu par les classes populaires en 2027 comme candidat, il doit réussir, d’abord, et dès maintenant, comme ministre de l’Intérieur, sur les question de sécurité et d’immigration. Or, si son volontarisme est reconnu, ses résultats ne le sont pas encore, et c’est précisément cela qu’Élisabeth Borne est peut-être venue lui rappeler.

Guillaume Tabard 

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