Gérald Darmanin : Envers et contre tous, il s’autorise des ambitions présidentielles

Jacques Witt/SIPA

Les partis politiques font leur rentrée. C’est ce week-end qu’auront lieu les universités d’été, de la gauche, des Républicains, et de Gérald Darmanin. Le ministre de l’Intérieur s’autorise pour la première fois une rentrée solo, alors même que ses ambitions ne sont plus un secret pour personne.

Gérald Darmanin sera à Tourcoing ce week-end, dans le Nord, entre deux barquettes de saucisses-frites. Le ministre organise en effet sa propre journée de lancement de cette nouvelle année politique, en réunissant plusieurs centaines de personnes dans son fief. La ville où il a été élu maire en 2020, et qui représente pour lui la France populaire.

Le thème de cette journée n’est autre que la France populaire, celle que Darmanin considère comme majoritaire dans le pays, celle à qui il veut s’adresser et celle qu’il veut incarner, rappelant (très) régulièrement que sa mère était femme de ménage.

En politique, Gérald Darmanin s’oriente grâce à sa « boussole populaire » et fustige la « technique » de la macronie

Cette initiative personnelle est une manière pour le ministre de l’Intérieur d’affirmer ses ambitions. Au début de l’été, il espérait obtenir Matignon et a dû finalement se résigner à voir Élisabeth Borne rester en poste.

Il lui revient donc de montrer qu’il n’est pas abattu et qu’il compte bien faire exister ses idées autrement. Par cette journée, il compte bien illustrer son ADN politique, ce qu’il appelait sa « boussole populaire », début août au Figaro, et qu’il oppose à la « technique » de la macronie, jugée trop déconnectée de la réalité.

Cette journée est aussi pour lui l’occasion de montrer sa capacité à rassembler. Si ses amis proches sont attendus, il pourrait aussi compter sur des parlementaires de la majorité, de l’aile droite, et même de l’aile gauche, et même des Républicains alors que le parti organise dans le même temps sa rentrée dans les Alpes-Maritimes. Ce sera donc l’occasion pour Gérald Darmanin de montrer que son discours résonne au-delà de son cercle le plus proche.

Le ministre de l’Intérieur moqués par les membres du gouvernement

Avec la rentrée, Gérald Darmanin commence à s’attirer quelques détracteurs. Depuis le début de la semaine, les commentaires se multiplient, de la petite pique à la critique assumée. Clément Beaune, le ministre des Transports, a glissé à son attention qu’il ne fallait pas « perdre le sens du collectif et de l’unité ».

Hier, dans Le Parisien, le patron du groupe Renaissance, le parti de la majorité, Stéphane Séjourné, a prévenu que « les idées » devaient « passer avant les ego ». Enfin, mercredi dernier sur France Bleu, Élisabeth Borne en personne, a balayé d’un revers de main les ambitions de son ministre de l’Intérieur, rappelant que « 2027, c’est bien loin », et préférant se concentrer sur les réponses à apporter « aux attentes des Français ».

Les rapports se tendent entre Élisabeth Borne et Gérald Darmanin

Faut-il préciser qu’Élisabeth Borne n’est pas invitée dimanche à Tourcoing et que lorsque Gérald Darmanin critique la « technique », on peut assez aisément imaginer que la première Ministre est visée ?

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Le ministre de l’Intérieur commence donc à attirer les regards sur lui. Cependant, Gérald Darmanin a encore des défis à relever, avec la loi sur l’immigration, qu’il va falloir mener en accord avec la droite si le gouvernement n’utilise pas le 49-3, et les Jeux olympiques en 2024. On se souvient du fiasco du stade de France qui avait coûté au ministre au début de ce quinquennat. Quatre ans, c’est long, surtout que Gérald Darmanin n’est pas le seul à avoir des ambitions : Édouard Philippe, Bruno Le Maire et Laurent Wauquiez sont autant de noms qui espèrent s’imposer comme l’alternative à Emmanuel Macron. Mais 2027, en effet, c’est loin. Il faut tenir sur la durée et ne pas se brûler les ailes trop tôt.

Dinah Cohen

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