Après ces six jours d’émeutes, Gérald Darmanin paraît mieux que jamais campé sur ses positions. Rompu à l’art de la politique, le ministre de l’Intérieur a fait le pari de la fermeté. Au-delà de l’ordre public, c’est l’opinion de l’électorat macronien de centre-droit qui était en jeu dans la perspective de 2027. Un pari gagné pour le ministre de l’Intérieur ?
Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, semble sortir renforcé des émeutes, notamment parce qu’elles n’ont duré que six jours. Il a fait « le pari » que le déclenchement de l’état d’urgence réclamé par la droite et l’extrême droite n’aurait été d’aucune utilité, contrairement au déploiement de 45 000 hommes avec pour consigne de multiplier les interpellations sur l’ensemble du territoire.
Le ministre de l’Intérieur avait recommandé cette mesure au président de la République, et celle-ci fut suivie sur le plan opérationnel comme sur le plan politique. Gérald Darmanin s’est montré calme malgré le manque de sommeil, alors même que les oppositions sont apparues agitées voire coupables d’une méconnaissance des outils juridiques et opérationnels.
Après six jours d’émeutes, Gérald Darmanin apparaît comme l’homme fort de la situation
Quand ça brûle les Français veulent des pros aux commandes, et Gérald Darmanin connaît ses classiques. Il ne lui serait par exemple pas venu à l’esprit de faire la promotion d’un flyer pour rappeler aux parents leurs devoirs légaux, comme l’a fait Éric Dupond-Moretti.
Le garde des Sceaux, dont on vantait la bonne communication, est vite devenu la risée des réseaux sociaux et de la classe politique, puisque son initiative paraît si dérisoire, et son manque d’expérience si flagrant, qu’elles n’ont fait qu’accentuer le contraste avec un Darmanin roué dans l’art de la politique.
Gérald Darmanin ne cède pas aux raccourcis politiques
Le ministre de l’Intérieur sait, par exemple, que c’est dans les moments de trouble qu’on peut imprimer durablement des marqueurs dans la rétine des électeurs. Lors de son audition au Sénat, il a rappelé que 90 % des interpellés sont de nationalité française.
La sénatrice républicaine du Val-d’Oise, Jacqueline Eustache-Brinio, lui répond : « Mais ça ne veut plus rien dire aujourd’hui. Ils sont comment français ? » Sans monter sur ses grands chevaux le ministre de l’Intérieur rétorque : « Une explication seulement identitaire me paraît erronée (…) il y a aussi beaucoup de Kevin et de Matteo, si je peux me permettre. »
Que dit l’élu de Tourcoing ? Qu’il ne faut pas confondre la droite et l’extrême, qu’on peut être ferme, sans aucune naïveté, sans tomber dans des raccourcis inefficaces sous prétexte qu’on peine à exister entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen.
Le ministre de l’Intérieur cherche à s’attirer la sympathie de l’électorat de centre-droit
Chacun l’a bien compris, le centre-droit sera décisif à l’élection présidentielle de 2027. Emmanuel Macron ne sera pas candidat : son électorat est donc à prendre. À cet égard, le silence assourdissant d’Édouard Philippe et de Laurent Wauquiez pendant les émeutes interroge sur le degré réel de motivation de l’un et de l’autre.
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À l’inverse, Bruno Le Maire et Gérald Darmanin ont été omniprésents, chacun dans leur couloir, mais tous les deux en première ligne. L’élection 2027 est encore loin, mais les Français ont la mémoire des périodes de crise.