Violences des émeutiers : La Nupes est-elle en voie de dislocation ?

Chang Martin/SIPA

Au lendemain des émeutes urbaines, le Parti socialiste, le Parti communiste et les Verts ont signé un accord pour les sénatoriales, et ce, sans compter La France Insoumise. Les propos de Mélenchon sur les violences policière, ainsi que son refus de dénoncer les agissements des émeutiers ont-ils acculé la gauche au divorce ?

Le lien entre les émeutes et l’accord signé par les trois partis de gauche en vue des sénatoriales n’ont pas un rapport immédiat. Le cadre feutré des notables du Sénat a peu à voir avec les tirs de mortiers dans les quartiers.

Et pourtant, lien politique est patent, car ce à quoi on est en train d’assister est peut-être tout simplement l’éclatement de la Nupes. Souvenez-vous, la Nupes, c’est cet accord électoral conclu pour les dernières législatives, un accord conclu alors sous la houlette d’un Mélenchon tout puissant et qui a permis de sauver des partis alors menacés de marginalisation.

Or, même s’il ne s’agit pour l’instant que des sénatoriales, le PS, le PC et les Verts viennent de s’accorder sur des listes d’union, sans les Insoumis. En un an, on passe de l’union par et pour Mélenchon à l’union sans, voire contre Mélenchon. Ce retournement est le fruit d’un désaccord croissant à gauche sur le ton, sur la stratégie et maintenant sur le fond et même les valeurs.

Un divorce au sein de la Nupes ?

Les mélenchonistes vivent ces cristallisations comme un divorce, et dénoncent le retour des appareils contre l’ambition unitaire.  S’il ne s’agissait que de querelles d’appareil et de petits calculs électoraux, ces accrocs n’auraient pas grand intérêt au-delà du cercle des concernés.

Ce qui en jeu et menace de faire exploser la Nupes, c’est ce qu’on pourrait appeler « la dérive de La France Insoumise » depuis le début de la législature. D’emblée, ils ont choisi la brutalité et l’outrance à l’Assemblée. Lors du débat sur les retraites, ils ont franchi un seuil avec l’insulte proférée à l’attention du ministre du Travail, Olivier Dussopt, traité d’« assassin ».

L’équilibre entre les Alliés étaient donc déjà fragile, mais avec les émeutes en banlieue, un point de non-retour a peut-être été atteint. Dénoncer la police qui tue et ne pas condamner la violence des émeutiers a choqué y compris les mieux disposés envers LFI car on touche aux fondements même du pacte républicain. Nombre de députés à gauche refusent de basculer de ce côté-là.

À gauche les sources de fragmentation sont plurielles

La France Insoumise elle-même n’est plus un bloc monolithique. Alexis Corbières, Raquel Garrido, Éric Coquerel, Clémentine Autain, c’est-à-dire ceux qui ne sont pas du clan Mélenchon, ont déjà été mis sur le banc de touche. L’affaire Quatennens a également provoqué des secousses. Et surtout, le match qui s’annonce entre Jean-Luc Mélenchon et François Ruffin, n’est pas qu’une bataille d’égos ou une guerre de génération mais bien le choc entre deux visions de la gauche.

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Du côté du Parti socialiste, un autre match est engagé entre la direction d’Olivier Faure, qui avait cédé un peu vite aux exigences de la Nupes, et les tenants d’une social-démocratie qui souhaiterais élargir la gauche de l’après-Macron. À gauche donc, les turbulences ne font que commencer.

Guillaume Tabard 

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