Au lendemain des émeutes, la droite réclame un durcissement du futur projet de loi sur l’immigration. Or, le gouvernement, qui y est fermement opposé, doit obligatoirement obtenir le soutien des Républicains pour faire voter ce texte, sans quoi, il sera nécessaire de passer par le 49-3, une solution inacceptable dans le contexte actuel.
Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, s’oppose fermement à la demande de durcissement du futur projet de loi sur l’immigration qui émane de la droite. Il accuse cette dernière de confondre les questions de la délinquance urbaine et de l’immigration. À l’appui de ce refus, le ministre de l’Intérieur invoque le fait que 90 % des interpellés sont Français, et ne sont composés que de 10 % d’étrangers.
Les violences urbaines ne relèvent donc pas d’un problème d’immigration. Ceux qui prétendent le contraire se voient accusés de faire de la « surenchère » sur l’extrême-droite, une étiquette qui permet de disqualifier et qui dispense d’argumenter.
Il n’y a aucune raison de douter de ce chiffre de 90 % de Français parmi les interpellés. Encore faut-il le regarder de plus près.
Être Français et adhérer aux valeurs françaises, deux poids deux mesures
Il y a d’abord les binationaux, ceux qui ont à la fois la nationalité française et la nationalité du pays de leurs parents ou de leur famille. Il serait intéressant aussi de connaître ce chiffre.
Et puis il y a ceux qui sont Français, nés de parents français mais qui pourtant gardent une patrie de cœur qui n’est pas la France. Emmanuel Macron le sait mieux que quiconque. Lorsqu’il a passé la nuit de mardi avec une Bac, des policiers lui ont expliqué que nombre de jeunes interpellés se disaient spontanément Algériens, Marocains ou d’un autre pays, avant de leur présenter leur carte d’identité française.
Alors, comme toujours, c’est une faute de généraliser. Mais, ignorer qu’il y a de jeunes Français qui ne se sentent pas d’abord Français et qui refusent son histoire, ses valeurs et ses institutions ; ignorer cela s’appelle du déni. « Nous sommes nombreux à être issus de l’immigration et à aimer notre pays », a dit Gérald Darmanin. C’est vrai, et heureusement. Mais il y en a aussi qui ne l’aiment pas et c’est ce problème-là qui est à régler.
Un compromis avec les Républicains nécessaire pour éviter un 49-3
Il y a en toute hypothèse un télescopage chronologique. Le gouvernement préparait déjà un texte sur l’immigration qui doit arriver au Parlement à la rentrée et c’est Emmanuel Macron qui, dans le cadre de ses fameux cent jours, a demandé à Élisabeth Borne de faire un point sur l’avancée des discussions sur le sujet dans la première quinzaine de juillet.
Pour faire voter ce texte, il faudra obligatoirement obtenir les voix des Républicains, ou alors passer par le 49-3, ce qui n’est jamais la solution idéale. Donc il sera difficile au gouvernement de dire aux Républicains à la fois : « on veut un accord avec vous » et « ne nous parlez pas d’immigration à propos des banlieues ».
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L’arbitrage sera délicat. La droite, qui tient là l’occasion d’un bras de fer avec la majorité, va se montrer exigeante. Tout cela sous le regard d’une opinion majoritairement convaincue que l’immigration, qui exige une plus grande fermeté en la matière.