« Hors du champ Républicain ! » peste la Première ministre – ce n’est pas la première fois qu’Élisabeth Borne congédie un parti de son hémicycle. Alors que le RN n’avait déjà plus droit de cité à l’Élysée bornien, ce sont désormais les Insoumis qui en sont bannis pour avoir cautionné les violences des émeutes, et ainsi, faire pencher la majorité à gauche…
Élisabeth Borne est au diapason de l’opinion qui, en majorité, a été choquée par le discours des mélenchonistes, mais aussi de certains écologistes qui, depuis une semaine, n’ont cessé de dénoncer le racisme systémique d’une « police qui tue » et n’ont jamais condamné les violences des émeutiers.
Quand on dénonce les institutions chargées de l’ordre et qu’on ne dénonce pas les comportements insurrectionnels, on peut dire qu’on « sort du champ républicain ».
Il est intéressant que ce soit Élisabeth Borne qui utilise ces mots. Car, la Première ministre est une femme de gauche qui, jusqu’à cette semaine, réservait au seul Rassemblement national le titre de parti « non républicain ». Elle répétait qu’elle ne réserverait pas le même sort au RN et à LFI. Désormais, elle franchit le pas et tous les orateurs de la majorité s’accorde à mettre ce carton républicain aux mélenchonistes. C’est un tournant important.
Élisabeth Borne jette la discorde dans la Nupes pour mieux s’acoquiner avec la gauche
Sur le fond, ce traitement de faveur correspond au comportement général des Insoumis depuis un an, par exemple à l’Assemblée, quand ils traitent entre autres un ministre d’« assassin » ou quand ils se montrent complaisants à la violence. Ce n’est pas une étiquette qu’on leur colle sur le dos pour les discréditer, puisque ce sont eux qui adoptent délibérément ces postures.
Mais s’agit bien d’un calcul politique : mettre un coin à gauche, aviver les divisions entre les différentes composantes de la Nupes. Pendant les questions d’actualité hier, Élisabeth Borne, en répondant aux orateurs des groupes socialiste, écologiste et communiste, les félicitait à chaque fois d’avoir condamné les violences des émeutiers sans ambages, contrairement à la France Insoumise.
L’intention de semer la discorde au sein de la Nupes est donc clair. Après cette séquence, au moment où le gouvernement fera des propositions concrètes pour tourner la page des émeutes, le Président et sa Première ministre essaieront de tendre la main aux forces de gauche dans l’espoir d’élargir l’assise politique de la majorité.
Les électeurs de gauche, cible privilégiée d’Élisabeth Borne
En réalité, il est plus qu’improbable qu’ils parviennent à se rapprocher des partis de gauche. L’opération avait déjà été difficile avec Les Républicains et s’avère quasiment impossible avec les partis de gauche.
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Derrière les appareils des partis, ce sont les électeurs qui sont visés. Hier, un sondage ELABE pour BFM TV montrait que, dans leur immense majorité, les électeurs de gauche sont très fermes à l’égard des émeutes de cette semaine et c’est donc à eux que s’adresse la majorité dans l’espoir que leur opposition, voire leur dégout des positions des Insoumis les ramènera dans un autre giron que celui de la Nupes.