Depuis le début de la crise, Emmanuel Macron temporise. Tiraillé entre maintien de l’ordre, fermeté et mesure sociale, il reçoit aujourd’hui des maires dont les villes ont été particulièrement touchées par les émeutes pour leur apporter une réponse, mais laquelle ? Au cœur de la crise, le chef de l’État peine arbitrer pour rétablir l’ordre.
Le président consulte mais ne veut pas se précipiter, car il ne veut ni réagir, ni agir tant qu’il ne sait pas comment la situation va évoluer. Depuis dimanche, on assiste à l’amorce d’une décrue. La réaction ne sera pas la même si la situation se calme rapidement ou si le feu repart et dure.
Le chef de l’État, qui avait annoncé fin-avril cent jours d’apaisement, a rappelé que la première et unique urgence était le rétablissement de l’ordre ou, pour le dire en langage macronien : « il faut d’abord qualifier les événements avant d’en tirer des conclusions ».
Emmanuel Macron souhaite notamment connaître le profil précis des quelques 5 à 7.000 émeutiers qui ont été identifiés ou interpelés par les forces de l’ordre. Mais, leur profil est-il vraiment mystérieux ?
Éric Dupond-Moretti et Gérald Darmanin ont fait le choix de la fermeté
Le gouvernement depuis une semaine est représenté par le traditionnel couple justice-police : le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin et le garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti. Face aux émeutes, chacun d’eux abonde dans le sens de la fermeté. Mais, le ministre de la Justice donne l’impression d’être le plus sévère.
C’est la crédibilité de l’exécutif qui est ici en jeu. Car, la police accomplit son travail dans les conditions difficiles et jouit d’un soutien de l’opinion, en dépit de la poignée d’idéologues qui les considèrent comme des tueurs racistes. En revanche, la justice, elle, est toujours suspectée de ne pas être assez rapide et d’être trop laxiste.
Par conséquent, Éric Dupond-Moretti accule les procureurs. 100 % des demandes de garde à vue demandées par la police ont été accordées : le garde des Sceaux semble avoir trouvé le ton juste.
L’opinion favorable à une réponse sociale
L’Élysée prend progressivement conscience que l’exigence de l’opinion porte sur un retour de l’autorité dans les quartiers et pas sur un énième « plan banlieue », synonyme d’argent déversé à fond perdu. D’où l’insistance sur la responsabilité parentale et les multiples injonctions faites aux parents à contenir leurs enfants.
À lire aussi
Le gouvernement est donc pris entre deux feux. D’un côté, il s’agit de serrer la vis, au risque de relancer les émeutes, de l’autre d’apporter une réponse sociale, au risque d’exaspérer ceux qui ne cassent rien et doivent toujours payer pour ceux qui cassent. Or, c’est cette France-là qui est majoritaire, et qui vote…