Après l’échec de son « opération Matignon » cet été, le ministre de l’Intérieur a décidé de laisser libre cours à ses nouvelles ambitions. Plus question, désormais, de s’interdire quoi que ce soit, à commencer par le vrai-faux tabou de la succession d’Emmanuel Macron, ce sujet auquel tout le monde pense tout bas dans la majorité mais que personne n’ose aborder tout haut, sauf lui.
Le numéro trois du gouvernement s’est longuement confié au Figaro ce week-end pour éclaircir ses intentions en vue de la prochaine présidentielle : « Ce qui m’intéresse, ce n’est plus de regarder ce qu’il s’est passé en 2017 et 2022. Ce qui m’inquiète, c’est ce qui se passera en 2027. »
Son message a le mérite d’être clair : oui, il faudra compter sur lui d’une manière ou d’une autre dans les prochaines années, sur des questions qui dépassent son périmètre ministériel.
Gérald Darmanin veut s’adresser aux Français qui gagnent moins de 2500 euros par mois
C’est tout le sens de la grande rentrée politique qu’il organise fin août dans son fief de Tourcoing. Pas moins de 400 personnes y sont attendues, dont une centaine de parlementaires, une dizaine de Républicains ainsi que quelques ministres. Élisabeth Borne cependant n’a pas été conviée à manger des saucisses-frites autour des tables rondes consacrées aux classes populaires.
L’objectif de ce grand raout, est que Gérald Darmanin soit la principale tête d’affiche et que le public ciblé soit un électorat auquel les partis de gouvernement ne s’adressent pas suffisamment selon lui, et la majorité encore moins : les Français qui gagnent moins de 2500 euros par mois. C’est le retour du gaullisme social, porté par un séguiniste revendiqué.
Gérald Darmanin déroge à la ligne politique d’Emmanuel Macron
Alors oui et non « en même temps ». Car si l’on reprend les discours du président durant la crise du Covid, les « première » et « deuxième » lignes qu’il vantait à l’époque correspondent en fait à ces fameuses « classes populaires ». Idem avec les 2 milliards de baisses d’impôt qu’il a promis de consacrer à cette catégorie de population durant son quinquennat.
Le chef de l’État n’a jamais été aussi loin que son ministre, qui dit vouloir financer la fin du « quoi qu’il en coûte » en demandant des efforts au grand capital plutôt qu’au pays. Autrement dit, en abandonnant définitivement les théories macronistes du premier de cordée et du ruissellement, qui avaient été privilégiées jusqu’ici et semblaient porter leurs fruits, si l’on en croit les indicateurs qui sont plutôt positifs.
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Si Gérald Darmanin veut tracer son sillon vers 2027, il va d’abord falloir convaincre la droite libérale que ses recettes économiques sont bonnes pour le pays. Puis, convaincre la droite tout court que ses recettes sécuritaires sont efficaces. Or, la tendance au déni qu’il a montrée dans l’épisode du Stade de France, puis dans celui des émeutes, n’est pour l’instant pas de nature à rassurer un électorat, dont il aura forcément besoin s’il se lance un jour.
Arthur Berdah