Le 5 août dernier, Emmanuel Macron a eu l’extrême audace d’annoncer une « initiative politique d’ampleur » dans Le Figaro Magazine. Une entreprise risquée pour un président qui ne saurait rendre plus précis les contours de ce projet et tarde à dissiper le flou de la nouvelle impulsion qu’il souhaite donner à son second quinquennat.
Le président de la République tarde à préciser la date, les contours, le périmètre et les objectifs de de son « initiative » de rentrée. « Il y travaille », répond-on simplement dans son entourage lorsque la question est posée à ses conseillers. Est-ce une manière de gagner du temps en attendant que l’on passe d’une présentation de l’événement par la négative à une présentation tout court ?
Pour l’instant, Emmanuel Macron s’est en fait contenté d’expliquer dans Le Figaro Magazine ce dont il ne voulait pas : « il ne s’agit pas de créer des coalitions » et il ne sera d’ailleurs pas question pour les participants « d’adhérer à tout », ajoutant enfin que le Rassemblement national et La France Insoumise ne seront pas invités. Bien que Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon représentent à eux deux presque 50 % des suffrages exprimés au premier tour de la dernière présidentielle, l’Élysée en décide autrement.
Emmanuel Macron exclut d’emblée le Rassemblement national et les Insoumis de son « initiative politique d’ampleur »
Le chef de l’État les exclut d’office de cette instance au nom de « l’arc républicain », théorisé par les macronistes, et convoqué à l’envi, quitte à faire fi de la réalité politique du pays. Pourtant, le fait de disqualifier « l’extrême droite » et « l’extrême gauche » à longueur de discours ne produit pas – du moins plus – les effets escomptés.
En effet, ces deux camps n’ont jamais été autant représentés à l’Assemblée : presque 90 députés pour les uns, quelque 75 pour les autres. Or, à l’inverse, jamais les partis traditionnels de gouvernement n’avaient été aussi fragilisés : moins de 5 % à la présidentielle pour la droite, à peine plus de 1 % pour la gauche.
Dépoussiérer les vieux grimoires de la politique française pour opérer un « renouveau démocratique », la recette audacieuse d’Emmanuel Macron
Emmanuel Macron, qui entend ou plutôt prétend porter haut le « renouveau démocratique » devrait peut-être commencer par refuser les vieilles recettes mitterrandiennes de l’ostracisation stérile, et renouer avec l’ADN qui a fait son succès : aller au contact et au combat, comme il avait pu le faire en somme lors du « grand débat ».
Il semblait d’ailleurs vouloir reproduire la situation avec son Conseil national de la refondation. Une instance lancée il y a environ un an, et sur laquelle il misait pour tenter d’innover une nouvelle fois. Pourtant, le « CNR », censé être très concret dans son approche des sujets, s’est finalement révélé trop abstrait, et a fini par faire « pschitt ».
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D’où l’impérieuse nécessité d’accepter de regarder l’état du pays tel qu’il est, et non tel qu’Emmanuel Macron voudrait qu’il soit. Dans un contexte où le président est déjà privé de majorité absolue à l’Assemblée, et où la Constitution lui interdit de se représenter, le chef de l’État n’a pas vraiment le choix. Sinon, ses soutiens les plus pressés se mêleront à ses adversaires les plus farouches, pour tenter de précipiter la fin de règne d’un monarque qu’ils jugeront doublement impuissant.
Arthur Berdah