Remaniement : Gabriel Attal à l’Éducation, la fin de la société civile au gouvernement ?

J.E.E/SIPA

Ça y est : ce fameux remaniement tant attendu a eu lieu. L’exécutif a plié le dossier sous le tapinois et les noms des heureux élus ont été divulgués par les médias. Le professeur Pap Ndiaye et l’urgentiste François Braun ont été congédiés pour être remplacés par des pointures du monde politique. Ce remaniement annonce-t-il la fin de la société civile ?

On verra à la rentrée. Impossible de faire l’impasse sur la conduite pour le moins baroque de l’exécutif cette semaine. On se souvient du président qui avait donné cent jours pour tout reconstruire et qui nous avait dit : le 14 juillet je tirerai toutes les leçons de cette expérience.

Or, le 14 juillet, l’Élysée prévient : le président va parler, mais dans une semaine. Vous me direz : on n’est pas à quelques jours près, mais la semaine s’achève et Macron n’a toujours pas parlé. Ni pour expliquer son remaniement ni, surtout, pour revenir sur l’épisode traumatisant des émeutes.

Puis, est venue la question du départ d’Élisabeth Borne, qui, pour finir, reste au gouvernement, sans aucune annonce officielle, ni un mot du chef de l’État. Enfin, le remaniement. Il prend plus de temps que prévu, mais c’est de coutume. Dans l’après-midi, des ministres confirment leur nomination, des sortants commentent leur départ, des chaînes d’info dévoilent les noms des élus avant que l’Élysée n’ait publié la liste du gouvernement.

Pourquoi le ministère de l’Éducation et de la Santé changent-ils de titulaires ?  

On pourrait penser que ces éléments constituent des détails de la stratégie communicative du gouvernement. Cependant, la clarté, la précision, le respect des échéances, auraient aidé à la compréhension d’un remaniement qui, déjà, ne passionne guère.

Emmanuel Macron ne le dira évidemment pas de cette manière, mais ce qu’il faut comprendre, c’est : « je me suis trompé, j’ai fait une erreur de casting ». Pap Ndiaye et François Braun, c’est lui qui les avait trouvés ; et il en était très fier.

Mais, à l’école et à l’hôpital, il y a urgence à réformer. Des investissements et l’ouvertures de nouveaux postes ne suffiront pas, de vraies réformes de structure sont nécessaires. D’ailleurs, c’étaient les deux chantiers annoncés par Emmanuel Macron dans sa campagne. S’il passe maintenant aux actes, tant mieux, mais une année a été perdue entre temps.

Gabriel Attal, le grand gagnant du remaniement

C’est vrai que les ministres issus de la société civile, on les compte désormais sur les doigts d’une main. Gabriel Attal après Pap Ndiaye, Aurore Bergé après Jean-Christophe Combe aux Solidarités, c’est la promotion et l’arrivée de deux purs politiques, de deux « puncheurs ». L’idée du Président est de redonner du tonus à l’équipe.

Sur plan politique, aucun enseignement à tirer de ce remaniement. Pas d’ouverture, pas de ralliements, pas de virage à gauche ou à droite. On peut seulement se réjouir de revenir à une ligne d’autorité assumée en matière éducative, ou s’inquiéter sur le plan sociétal du renvoi des deux ministres qui avaient mis en garde contre la légalisation pour l’euthanasie.

À lire aussi

 

Gabriel Attal, pour sa part, est le grand gagnant. Il a 34 ans et beaucoup de savoir-faire. Alors qu’Élisabeth Borne semble toujours en sursis, le nouveau ministre de l’Éducation rejoint Gérald Darmanin, Bruno Le Maire et Sébastien Lecornu dans le carré de ceux qui peuvent ou qui veulent prétendre à Matignon, voire au-delà. Mais, dans un premier temps, c’est comme ministre de l’Éducation qu’il va devoir prouver que le changement ne se résume pas au changement de titulaire du poste.

Guillaume Tabard

Retrouvez tous les articles liés à la politique