Les salles de spectacle, « sanctuaires de la déconnexion » face aux réseaux sociaux, selon Baptiste Charroing, directeur du TCE

Crédits : Cyprien Tollet

Alors qu’il entame sa deuxième saison comme directeur général du Théâtre des Champs-Élysées – qui accueille notamment sur sa scène le Concert de Noël de Radio Classique les 12 et 13 décembre prochains – Baptiste Charroing évoque les enjeux de son financement et sa politique d’ouverture au jeune public.

 

Pour Baptiste Charroing, le TCE n’est pas tout à fait un théâtre mais plutôt une maison de musique, patrimoine emblématique de l’avenue Montaigne, avec une offre de musique classique sous toutes ses formes : l’opéra, le concert et la danse. Actuellement, la programmation va du grand chorégraphe et danseur Thierry Malandain à des opéras en version de concert, récital de piano, et même un spectacle pour enfants.

En effet, Baptiste Charroing veut attirer au-delà des fidèles, et sa stratégie semble fonctionner. Il est fier de compter « plus de 4 000 jeunes en plus l’année dernière » pour qui la place n’excède pas les 20 euros pour les moins de 30 ans.

S’inscrivant dans sa stratégie de séduction du jeune public, le TCE a lancé depuis la saison dernière les « dimanches en famille », inauguré ce dimanche avec Pierre et le Loup de Prokofiev. Il s’agit d’un dimanche par mois dédié aux jeunes de 5 à 16 ans :« Vous emmenez vos enfants, vos petits-enfants, découvrir la musique classique dans cet écrin exceptionnel que le Théâtre des Champs-Élysées vous propose. Le climax de cette saison est cet opéra participatif dédié aux enfants que nous proposons chaque année ».

Les réseaux sociaux, « un espoir » pour attirer les jeunes au Théâtre des Champs-Elysées

Loin d’être un amplificateur de déterminisme social, les réseaux sociaux ont un effet contre-intuitif mais bien réel : les jeunes finissent par ressentir le besoin de s’en défaire et ils ont trouvé la parade à travers les salles de spectacle. « Finalement, c’est le dernier sanctuaire de la déconnexion » constate Baptiste Charroing, convaincu de sa part de responsabilité vis-à-vis des spectateurs. C’est même selon lui, un enjeu de santé publique.

La cohésion sociale et territoriale n’est pas en reste, puisqu’un partenariat avec les Restos du Cœur permet d’atteindre des publics plus éloignés de la culture, et pas seulement : « Nous avons aussi des actions volontaristes, par exemple, pour permettre à plus de femmes créatrices de participer à de grands projets culturels avec nous. Je pense à des cheffes d’orchestre, des metteuses en scène. Toutes les actions que nous allons faire aussi auprès des scolaires, et j’en passe. »

Le mécénat, clef de voûte de l’accès à la culture

Le Théâtre des Champs-Élysées est une filiale de la Caisse des Dépôts, qui n’est autre que son principal mécène. Un rôle majeur, tant il décharge les spectateurs du coût exorbitant induit par la programmation exigeante de cet écrin de l’Art Nouveau. Baptiste Charroing est formel : « Une place au Théâtre des Champs-Élysées, ou dans n’importe quel lieu de musique classique, coûterait trois à quatre fois plus cher s’il n’y avait pas de subvention. Donc le soutien de la Caisse des Dépôts, notamment — puisqu’on a aussi beaucoup d’entreprises, de particuliers, qui soutiennent nos actions —, nous permet de maintenir ce niveau d’exigence et de maintenir aussi nos engagements. »

« Vivre des expériences comme dîner sur la scène de ce théâtre, entouré de la coupole de Maurice Denis, de ce lustre exceptionnel, fait partie de ces expériences que nous proposons. Nous faisons forum, c’est notre mission aussi. » déclare Baptiste Charroing, qui déguise volontiers son théâtre en table pour le moins originale lors d’évènements privés. Une manière inattendue de générer des recettes annexes.

Pauline Adad

 

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