Alors que tous ont les yeux rivés sur l’annonce d’un potentiel remaniement, l’activité au Parlement continue. Deux textes de premier plan sur la Justice viennent d’être votés. Comment le garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti est-il parvenu à rassembler une majorité dans le contexte houleux du remaniement ?
L’adoption de ces textes n’est pas une surprise, mais il s’agit d’un acte politique important. Éric Dupond-Moretti a fait voter une loi de programmation avec 388 voix et une loi organique avec 439 voix. Il a donc rassemblé bien au-delà des 250 voix des trois groupes qui soutiennent Emmanuel Macron. Et, de fait, la droite et le Rassemblement national ont voté pour, la gauche se partageant entre le contre et l’abstention.
Quand on regarde les votes de ces dernières semaines, ces lois pour la justice ont obtenu des majorités équivalentes aux lois de programmation pour la police de Gérald Darmanin et de programmation militaire de Sébastien Lecornu.
Il est encore possible de trouver des majorités dans le contexte du remaniement
Il est donc possible de trouver des majorités à l’Assemblée, et plus souvent qu’on ne le croit. C’est précisément ce qui est intéressant dans ce contexte de remaniement. Les lois de programmation consistent avant tout à dégager des moyens financiers, en l’occurrence pour la justice, l’armée ou la police. Par conséquent, un consensus peut se comprendre.
Mais lorsqu’on passe en revue les 23 scrutins solennels de la législature, à part les budgets et les retraites qui ont nécessité le recours au 49-3, tous les textes ont trouvé des majorités, très souvent à la droite de l’hémicycle, souvent avec le Rassemblement National et parfois avec la gauche. Autrement dit, si l’absence de majorité absolue est éprouvante sur le plan politique, elle n’est pas dirimante sur le plan législatif.
Or, les fameux cent jours qui s’achèvent par un remaniement pétard mouillé viennent de la recherche de coalitions, d’alliances et de majorités élargies. Or, l’absence d’alliances n’empêche pas de trouver des majorités texte par texte.
Une victoire personnelle d’Éric Dupond-Moretti ?
Sans l’ombre d’un doute, ce vote représente une victoire personnelle pour Éric Dupond-Moretti. Là encore, on retombe sur la question du remaniement. On nous a expliqué que ce qui ne fonctionnait pas, c’était les ministres de la société civile. Or, des ministres de la société civile ont raté leur passage, comme Pape Ndiaye, mais d’autres ont réussi à trouver le truc, si l’on ose dire, et c’est le cas d’Éric Dupond-Moretti.
Car, s’il y a bien un sujet propice aux querelles et aux anathèmes politiques, c’est la Justice. S’il y avait un ministre clivant, c’était bien Éric Dupond-Moretti. Il était la bête noire de la droite et il est en guerre permanente avec de gros sabots contre le Rassemblement National. Ainsi, il a su attitrer les voix des Républicains et du Rassemblement National.
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La mort de Nahel aurait pu électriser le débat. Mais comme le ministre de la Justice – et pour être franc, ce fut une surprise – a porté une ligne de grande fermeté et de grande sévérité, il a corrigé son image et je pense que ça l’a aidé à construire cet arc si large sur son texte. Depuis trois ans qu’il est à la Justice, Dupond-Moretti a été donné partant de très nombreuses fois. Ce remaniement, il l’a abordé en toute tranquillité. C’est donc une revanche pour lui.