Une semaine après la fin des émeutes, des groupes au sein de la majorité ont demandé des sanctions contre les députés de gauche qui ont participé ce dimanche au rassemblement en hommage à Adama Traoré. L’Assemblée peut-elle vraiment les condamner pour trouble à l’ordre public ?
La séquence ouverte par la mort de Nahel le 27 juin dernier, qui oppose le gouvernement et la majorité à la gauche mélenchoniste et écologiste sur l’attitude de la police, n’avait pas encore touché à sa fin, que déjà, une dizaine de députés de La France Insoumise (LFI) et Europe Écologie-Les Verts (EELV) participaient, dimanche dernier, à une manifestation à Paris en hommage à Adama Traoré.
La mort d’Adama Traoré, jeune homme de 24 ans, en 2016 plusieurs mois après son interpellation alors qu’il tentait d’échapper à un contrôle de police fait en effet écho à celle du jeune Nahel.
Une partie de la gauche avait érigé Adama Traoré en victime symbolique des violences policières alors que la responsabilité des forces de l’ordre n’a pourtant pas été formellement établie et que l’ensemble de la famille Traoré se distingue par des actes qui sont loin d’être recommandables.
Les députés ont participé à une manifestation interdite par la préfecture de Police de Paris
Or, la manifestation de dimanche avait été interdite par la préfecture de Police, sa proximité avec les événements de Nanterre laissant craindre un réveil des violences. Ainsi, le fait que des parlementaires se rendent à une manifestation interdite pose évidemment problème.
Ensuite, et surtout, cette manifestation a été rythmée par le slogan « tout le monde déteste la police », sans que les Éric Coquerel, Louis Boyard, Sandrine Rousseau ou autres ne quittent le cortège, ni ne condamnent ce slogan, que ce soit pendant, ou après la manifestation. C’est d’ailleurs pour cette raison que les présidents des trois groupes de la majorité ont demandé des sanctions contre eux.
Les sanctions vont-elles être prononcées contre les députés ?
La réponse à cette question est encore incertaine. Un bureau de l’Assemblée doit se réunir pour rendre une telle décision. En principe, les instances parlementaires ne peuvent sanctionner un député que pour des propos ou des attitudes dans l’enceinte de l’Assemblée nationale, et non pour l’ensemble de ses faits et gestes politiques.
L’Insoumis Thomas Portes avait bien été sanctionné pendant le débat sur la réforme des retraites pour avoir foulé au pied un ballon à l’effigie d’Emmanuel Macron. Mais, c’était en raison du tumulte que son geste avait ensuite déclenché dans l’hémicycle.
La démarche de la majorité est avant tout symbolique
Ici au fond, peu importe les sanctions. La démarche de la majorité est avant tout politique. Il s’agit de ne pas laisser passer la dérive de La France Insoumise et d’une partie des Verts, notamment dans leurs propos contre la police, propos qui a conduit Élisabeth Borne à faire sortir Jean-Luc Mélenchon du « champ républicain ».
Peut-on dire que « la police tue », qu’elle est animée par une violence systémique et que, à l’inverse la violence des émeutiers, la sienne est explicable voire justifiable : qui peut dire que cela est encore vraiment républicain ?
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Cette gauche-là n’a jamais été la dernière pour lancer des anathèmes ou mettre dans le même sac Emmanuel Macron, Marine Le Pen et le maréchal Pétain. Cette dérive n’est pas neuve. Mais elle mérite effectivement que le signal d’alarme soit tiré.
Guillaume Tabard