Projet de loi sur l’immigration : Le gouvernement désespère de trouver un compromis

Stephane Lemouton / Pool/SIPA

En discussion depuis juillet 2022, le projet de loi sur l’immigration représente plus que jamais une impasse pour le gouvernement. Alors que les opinions des partis semblent inconciliables, Gérald Darmanin ne parvient pas à trouver de compromis dans cette affaire, qui pourrait ternir durablement son image pour l’élection présidentielle en 2027.

Cela fait maintenant un an que le gouvernement tergiverse. C’est en effet en juillet 2022 que Gérald Darmanin annonce pour la première fois qu’un nouveau texte sur l’immigration est sur le métier à tisser.

Une semaine plus tard, Matignon lui coupe l’herbe sous le pied en repoussant la discussion à l’automne avec l’annonce d’un grand débat parlementaire, qui eut lieu et dont il n’est évidemment rien ressorti.

Ensuite, en novembre 2022, ce fut l’offensive conjointe Darmanin-Dussopt dans la presse pour présenter un projet sur les deux jambes, gauche et droite, de la macronie. Durcissement des expulsions d’une part, création d’un nouveau « titre de séjour métiers en tension » d’autre part.

L’imbroglio gouvernemental pendant la réforme des retraites fait tomber le projet de loi aux oubliettes

Puis, début 2023, la crise des retraites emporte tout sur son passage, le projet tombe aux oubliettes. Une fois les 64 ans adoptés dans la douleur, c’est l’imbroglio de calendrier. Le Président veut remettre l’immigration en haut de la pile sans attendre. La Première ministre pense tout le contraire.

Juillet 2023, automne 2023, la communication du gouvernement est brouillonne et laisse aux Républicains le temps de qui s’organiser. Ils présentent deux propositions de loi à prendre ou à laisser. Ils fixent des lignes rouges, le gouvernement aussi. Le ministre de l’Intérieur est censé trouver une voie de compromis. Cela ressemble à une mission impossible, nous en sommes là.

D’après un sondage, l’immigration est la préoccupation principale de 36 % des Français

D’après le sondage OpinionWay publié hier en exclusivité dans Le Parisien, après les émeutes, l’immigration a bondi dans la hiérarchie des préoccupations des Français. 36% des personnes interrogées la citent comme la priorité numéro 1, c’est 8 points de plus qu’en février 2023.

Les Français veulent de la fermeté. L’inaction est interdite. Or, dans sa grande interview au Parisien, la Première ministre nous livre un point d’étape inquiétant.

Le gouvernement n’a aucun intérêt à recourir au 49.3

Les discussions ont été interrompues pendant les violences, c’est logique, elles doivent reprendre mais les points de vue sont irréconciliables. Pire, chacun semble durcir ses positions.

Bruno Retailleau parle de « régression ethniques » au sujet des jeunes émeutiers. Gérald Darmanin conteste vivement toute analyse identitaire des violences urbaines qui ont suivi la mort de Nahel. Personne n’a intérêt à l’usage du 49.3 sur ce texte, cela viendrait brouiller le message. Alors espérons que les postures politiques laisseront place à la recherche réelle d’une voie de passage à la rentrée.

À lire aussi

 

Les Français sanctionneront brutalement l’immobilisme sur ce sujet. Si les partis de gouvernement se montrent incapables de traiter le problème, le « bulletin RN-bulletin sanction » sera plus que jamais à la mode.

David Doukhan

Retrouvez tous les articles liés à la politique