A en croire Le Figaro ce vendredi, le groupe Renaissance présidé par Aurore Bergé planifierait un remaniement stratégique à l’Assemblée nationale, après un an de législature controversée, pour reprendre en main des postes clés, notamment à la Commission des finances.
Ce plan assez incroyable fera du bruit et on ne voit pas comment il pourrait aboutir sans provoquer une grave crise politique. De quoi s’agit-il ? Deux types de postes seraient concernés.
Il y a d’une part la présidence de la Commission des finances qui, pour rappel, revient à un groupe d’opposition, en l’occurrence à l’Insoumis Eric Coquerel. Et il a beaucoup contrarié la majorité en refusant d’activer l’article 40 pour empêcher la fameuse proposition de loi (PPL) du groupe Liot visant à abroger la réforme des retraites. le groupe Renaissance veut tout simplement exclure Coquerel.
Outre le président, il y a, d’autre part, les vice-présidences de l’Assemblée Nationale. Elles sont censées refléter la diversité politique de l’hémicycle, raison pour laquelle il y a notamment une vice-présidente LFI, Caroline Fiat, et deux vice-présidents issus du Rassemblement National, Sébastien Chenu et Hélène Laporte. Ces trois-là aussi sont visés par les macronistes.
L’idée est simple : faire élire la députée LR Véronique Louwagie à la présidence de la Commission
Les macronistes, qui avaient permis ce scénario pluraliste initial, se disent qu’ils ont fait un trop beau cadeau à LFI et au RN à qui ces postes ont apporté une légitimité institutionnelle, donc une respectabilité politique.
L’autre raison sous-jacente de cette volonté de changement serait d’adresser un geste aux Républicains. La macronie est en plein débat interne sur le meilleur moyen de travailler avec la droite.
Et l’idée est simple : faire élire la députée LR Véronique Louwagie à la présidence de la commission des finances, en lieu et place de Coquerel, et Annie Genevard, secrétaire général de LR à la vice-présidence, à la place de Chenu ou Laporte, une fonction où elle avait excellé sous la précédente législature.
La Commission des finances doit revenir aux oppositions
Ce scénario est techniquement difficile et politiquement impensable. Cela paraît suicidaire qu’une telle manœuvre aboutisse.
Dans ce scénario, Renaissance donne l’impression de jouer aux petits chevaux : « J’enlève un tel, je mets un tel ». Ils oublient, au passage, que la Commission des finances doit revenir aux oppositions, pas à la majorité. Et, pour les postes de vice-présidence, cela suppose un consensus minimum.
A lire aussi
Pour entériner ces changements il faudrait un vote. Il n’y a pas besoin d’avoir fait Sciences Po pour prédire que les oppositions ne vont pas se laisser faire et que LR ne se prêtera pas à la manœuvre.
Comment mieux offrir sur un plateau à toutes les oppositions l’argument selon lequel les macronistes ne supportent pas la contradiction, le pluralisme et l’équilibre ? Ce plan a un côté sournois. Et témoigne du mépris de l’esprit démocratique. Ce beau rêve des macronistes va sans doute se retourner contre eux.