Rousseau, Nietzsche et Stendhal : ces écrivains musiciens

Si nombre de musiciens prennent plaisir à manier la plume, l’inverse est également vrai. Certains écrivains et philosophes comme Friedrich Nietzsche, André Gide ou encore Boris Vian tenaient l’art de la musique en haute estime. Entre compositions, critiques musicales et pratique d’un instrument, découvrez le penchant mélomane de ces personnalités.

Friedrich Nietzsche : ses partitions sont inspirées par Schumann

« Jamais il n’y eut de philosophe qui fut dans son essence aussi musicien que moi », écrit Friedrich Nietzsche trois avant de s’éteindre. Le nom de Nietzsche est étroitement lié à la musique. Déjà parce que le philosophe allemand et Richard Wagner étaient de grands amis. Le professeur écrit même quelques pièces musicales à sa compagne, Cosima Wagner. Hélas si le couple apprécie le philosophe, il émet cependant quelques réserves face à ses productions musicales. Les deux hommes ne tardent pas à s’éloigner définitivement.

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Alors que le philosophe voue une haine sans borne au compositeur de L’Or du Rhin, il trouve dans les œuvres de Bizet « un refuge pour ses blessures » (selon la formule du Larousse de la musique). Friedrich Nietzsche n’aime pas seulement écouter la musique, il la compose. Au cours de sa vie, il écrit des Lieders pour baryton et piano, plusieurs pièces pour piano, diverses œuvres chorales dont un oratorio de Noël et les fragments d’une messe. Ses partitions sont profondément inspirées par Schumann et révèlent chez le philosophe une forme d’audace harmonique.

Miserere de Nietzsche, composé en 1860

Jean-Jacques Rousseau, fidèle défenseur de la musique italienne

Musicalement, Jean-Jacques Rousseau s’est essentiellement formé en autodidacte. La position de secrétaire de l’ambassadeur de France à Venise qu’il occupe de 1743 à 1744 joue un rôle crucial dans la formation de son goût musical puisqu’il devient grand amateur d’opéras italiens. Ainsi lors de la Querelle des Bouffons, une bataille musicale qui éclate en 1752 à Paris et oppose les partisans de la musique lyrique italienne et ceux de la musique lyrique française, il défend vigoureusement la musique transalpine. Allant même jusqu’à dire dans sa Lettre sur la musique française, que « notre langue [est] peu propre à la poésie, et point du tout à la musique ». Son intermède Le devin du village connut un certain retentissement pendant 60 ans et fut même représenté devant le roi à Fontainebleau en 1752. De ses quelques œuvres, celle-ci est la seule à connaitre un réel succès. Les articles qu’il a écrit pour l’Encyclopédie de Diderot comptent parmi les travaux les plus importants de la musicologie de ce temps-là. Ses écrits sont de plus précieux, car ils constituent un rare témoignage sur la conception que le XVIIIème siècle se faisait de la musique.

Extrait du Devin du Village de Jean-Jacques Rousseau 

André Gide : un pianiste amoureux de Chopin

Romancier et essayiste, André Gide tient de 1889 à 1949, un journal intime où il fait souvent référence à la musique. Musicien cultivé et excellent pianiste, il confie à la fin de sa vie au professeur Jean Delay que « les joies musicales sont restées parmi les plus vives et les plus profondes » qu’il ait connues.

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Dans son essai Notes sur Chopin publié en 1931, il critique « le Chopin sentimental des jeunes filles et le Chopin des virtuoses ». La plupart des concertistes de la belle-époque comme Arthur Rubinstein et Alfred Cortot jouent Chopin avec brio, « comme si c’était du Liszt » ; ils ne comprennent pas la différence entre les deux compositeurs, constate-t-il avec dépit. Passionné par le compositeur des Nocturnes, il déclare avoir passé plus de temps avec Chopin qu’il n’en a passé avec aucun auteur, une relation musicale que Roland Barthes qualifie de « réussie ».

Boris Vian : le jazzman

Boris Vian découvre le jazz dans les années 1935, alors qu’il est adolescent. Il se prend de passion pour Duke Ellington, dont il collectionne tous les vinyles. Ecouter la musique ne lui suffit pas, il veut la vivre et se met donc à la trompette. Assez rapidement, il devient suffisamment doué pour donner ses premiers concerts, il se produit notamment dans les clubs de Saint-Germain-des-Prés, alors très en vogue. De 1947 à 1958, il écrit sous son nom et divers pseudonymes pour la revue Jass hot. L’écrivain développe également ses talents de chanteur et il va même jusqu’à écrire des morceaux pour Juliette Gréco, Mouloudji et Henri Salvador. Sa vie entière est empreinte de musique, ce qui ne manque pas de se traduire dans sa littérature. Dans L’Ecume des jours, il ne cesse de faire référence à Duke Ellington. Et que dire de ces instruments qu’il invente : le mythique pianocktail ou encore la guitare-lyre …

Boris Vian à la trompette, avec ses frères 

Stendhal : la musique comme seul regret

L’écrivain, de son vrai nom Henri Beyle, étudie le violon et la clarinette, et prend des leçons de chant. Grand amateur de musique vocale, il fréquente assidûment les théâtres lyriques, surtout italiens. Cimarosa, Mozart, Rossini et Pergolèse sont les compositeurs qu’il préfère. L’auteur de La Chartreuse de Parme regretterait de ne pas avoir pu consacrer sa vie à la musique. En 1814, il publie sous le pseudonyme de César Bombet, les Lettres sur le célèbre compositeur Haydn, suivies d’une vie de Mozart, et de considérations sur Métastase, ouvrage dans lequel il plagie largement le travail du biographe italien Giuseppe Carapani, qui pourtant avait multiplié les erreurs dans ses écrits.

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Malgré cet incident, Stendhal publie des chroniques régulières sur la musique dans Le Journal de Paris de 1824 à 1827. Il écrit également un ouvrage sur la vie de Rossini, ce compositeur qu’il apprécie tant. Il aurait d’ailleurs prétendu le connaitre personnellement, mais ce n’était nullement le cas. Son seul désir, « être compris par des gens nés pour la musique » écrit-il dans ses Promenades dans Rome publiées en 1829.

Alexandra Legrand 

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