Rébellion de Wagner : « Poutine lui-même est apparu anxieux » selon le général Jean-Paul Palomeros

Gavriil Grigorov/SPUTNIK/SIPA

Ce samedi, le chef du groupe Wagner Evgueni Prigojine a initié une mutinerie contre le pouvoir russe. Ce coup de pression, bref mais spectaculaire, pourrait changer le cours de la guerre en Ukraine, selon ancien chef d’état major de l’armée de l’air française, le général Jean-Paul Palomeros, invité de Radio Classique.

Samedi 23 juin, en fin de journée, le patron du groupe paramilitaire, Evgueni Prigojine, a finalement fait volte-face. Mais, pendant 24 heures, le régime de Vladimir Poutine a tremblé comme rarement.

« La hiérarchie militaire a été un peu terrorisée, confirme Jean-Paul Palmeros. Poutine lui-même est apparu anxieux, en parlant de Nicolas II, de la révolution de 1917. » L’ancien « cuisinier » de Vladimir Poutine, qui avait demandé à ses troupes de « libérer le peuple russe », va finalement vivre en exil en Biélorussie et les poursuites contre sa tentative de coup d’Etat sont abandonnées.

« Prigojine a passé le cap de la rupture car il a dénoncé l’essence même de la guerre »

Très critique depuis le début du conflit envers les principaux dirigeants de l’armée russe, notamment Sergueï Choïgou, ministre de la Défense, et Valéri Guerassimov, chef d’état-major, Evgueni Prigojine réclamait « davantage de munitions et dénonçait des stratégies militaires » brouillonnes, rappelle Jean-Paul Palomeros.

Toujours selon ancien chef d’état-major de l’armée de l’air française et ancien commandeur suprême de l’OTAN, « Prigojine n’avait pas tort ». Mais l’objectif du coup de force de samedi n’était pas de déclencher une guerre civile. La milice devenait trop imposante pour l’état-major russe.

Le groupe Wagner, un « être hybride » fondé en 2014 par le proche de Vladimir Poutine, n’était plus en phase avec les demandes du Kremlin. « Prigojine a passé le cap de la rupture car il a dénoncé l’essence même de la guerre. C’est à cause de ça qu’il s’est retrouvé en collision frontale avec Poutine », explique Jean-Paul Palomeros.

Une mise en scène d’Evgueni Prigojine pour s’exiler hors de Russie

Depuis des mois, l’ancien allié de Vladimir Poutine ne cessait de se mettre en scène en vidéo pour dénoncer les lacunes de l’armée russe. Mais, les tensions sont montées d’un cran « depuis quelques semaines et la chute de Bakhmout, rappelle le général. Les troupes de Wagner n’étaient plus totalement intégrées au dispositif ».

L’ordonnance du ministre Choïgou en date du 10 juin, remettant en cause l’indépendance de la milice Wagner, pourrait expliquer cette rupture. Selon Jean-Paul Palomeros, « Wagner n’a pas été faite pour mener une guerre de cette nature mais y a contribué », au grand dam de Prigojine lui-même.

« Prigojine a mis en scène son départ car cette guerre cassait son business et son entreprise. » Fréquemment considéré comme étant de facto une branche de l’armée russe, Wagner opère pour soutenir les intérêts russes, notamment en Centrafrique et au Mali. Les membres du groupe, accusés d’exactions (exploitation de ressources naturelles diverses) et de crimes contre l’humanité, « ne seront pas poursuivis par la justice russe ».

Quel avenir pour le groupe Wagner et la guerre en Ukraine ?

Pour le chef de la diplomatie des Etats-Unis, Anthony Blinken, le coup de force de la milice Wagner révèle des « fissures réelles » au sein de l’entourage de Vladimir Poutine. Mais, Jean-Paul Palomeros reste prudent. « Qui pourrait reprendre ce pouvoir avec un tant soit peu de crédibilité et assez rationnel pour ne pas nous entraîner dans une spirale infernale ? » s’interroge-t-il.

En réalité, « la faiblesse du pouvoir russe n’est pas forcément une bonne nouvelle » car elle pourrait entraîner des décisions périlleuses, notamment dans le conflit ukrainien, qui ne cesse de s’enliser en dépit de la contre-offensive des alliés de l’OTAN.

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Bien que « disparates », les unités russes continuent de résister et difficile de dire si la rébellion avortée de Wagner peut avoir une conséquence directe sur l’issue du conflit. L’aide aux Ukrainiens doit être maintenue. « Il ne faut pas se tromper de cible : le pouvoir russe est bien établi malgré des faiblesses et je ne crois pas qu’on voie d’autre Prigojine monter de sitôt », assure Jean-Paul Palomeros aux auditeurs de Radio Classique.

Oscar Korbosli

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