Opération réussie pour Bernard Cazeneuve, qui veut relancer la gauche sociale-démocrate

ROMAIN DOUCELIN/SIPA

Lors de la réunion de sa Convention, samedi 10 juin à Créteil, Bernard Cazeneuve a assuré voir un « boulevard » s’ouvrir devant la gauche sociale-démocrate. L’expression est un peu exagérée, mais il existe tout de même un espace, une voie de passage. L’ancien Premier ministre a en tous cas réussi son opération.

De François Hollande au maire de Rouen Nicolas Mayer-Rossignol, tous ceux qui veulent reconstruire une force socialiste qui ne soit pas soumise aux Insoumis étaient présents. Et réunir 2.000 personnes pour un courant aussi sinistré politiquement et électoralement, c’est une réussite et pour tout dire, une surprise.

Ce qui motive ce courant politique, c’est simple : c’est l’anti-mélenchonisme. Bernard Cazeneuve et ceux qui le soutiennent considèrent sur le fond que la radicalité mélenchonienne est dangereuse parce qu’elle conduit à la violence et à la brutalité, parce qu’elle rejette l’Europe, parce qu’elle oublie la nécessité de la prospérité économique.

Bernard Cazeneuve fait le choix de ne pas mettre en avant l’union de la gauche

Ils considèrent que sur le plan stratégique la Nupes est dangereuse parce qu’elle exclut de facto toute la sensibilité sociale-démocrate et parce qu’elle interdit de ce fait à la gauche de redevenir majoritaire.
C’est ce qu’a expliqué Bernard Cazeneuve samedi.

Il ne met pas en avant l’union de la gauche, non pas parce qu’il serait contre par principe mais parce que prôner le rassemblement des Français est le seul moyen à ses yeux de gagner en récupérant tous les électeurs de gauche qui, en 2017 et 2022, ont voté pour Emmanuel Macron.

On peut s’interroger sur cette stratégie, car pour l’instant, l’électorat de gauche valide plutôt le travail de la Nupes, dans la mesure où elle a montré son efficacité aux législatives, il y a un an. Et comme c’est elle qui est présente au Parlement, c’est elle qui donne le « la » à gauche.

La radicalité de la Nupes reflète-t-elle un durcissement général de la société ?

Mais dans le même temps, les outrances et l’intolérance des Insoumis ou la tonalité écologiste portée par une Sandrine Rousseau ont souvent choqué. Et la question de fond qui oppose tenants et adversaires de la Nupes, c’est celle de la radicalité. Radicalité des discours et radicalité des solutions.

Celle-ci reflète-t-elle le sens de l’Histoire et un durcissement général de la société ? Auquel cas cela expliquerait l’effondrement voire la quasi disparition d’une social-démocratie qui fut souvent dominante en France et en Europe.

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La radicalité est-elle à l’inverse un accident de l’Histoire ? C’est ce qu’espère Bernard Cazeneuve qui veut croire qu’il va se produire une lassitude puis un rejet du mélenchonisme et que l’opinion va à nouveau chercher un langage plus apaisé, un projet qui veut rassembler et non pas cliver. Il a quatre ans pour en faire la démonstration.

Mais peut-il réellement incarner ce courant ? Cette question n’est pas secondaire. Bernard Cazeneuve est plus reconnu pour son sérieux que pour sa puissance d’entraînement. Carole Delga, Nicolas Mayer-Rossignol, François Hollande aussi se voient jouer ce rôle. Cazeneuve peut être un bon fédérateur. Saura-t-il devenir un entraîneur ?

Guillaume Tabard

 

 

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