Il y avait peu de monde hier pour la 14ème journée de mobilisation contre la réforme des retraites. Cette journée avait des allures de baroud d’honneur. Les syndicats le savaient. Mais même la police avait prévu entre 400 et 600.000 personnes sur l’ensemble de la France ; il n’y en a eu finalement que 280.000.
« Le match est en train de se terminer », admettait Laurent Berger au départ des cortèges mais l’échec de cette journée fut encore plus sévère qu’annoncé. Cela signifie que la perspective d’un vote de la proposition de loi du groupe Liot n’a pas convaincu les opposants à la réforme.
C’était pourtant ça l’idée de départ. Profiter d’une ultime fenêtre de tir politique pour entretenir la contestation sociale. Ça n’a pas pris. Vous me direz que 14 journées, ça reste un record historique même s’il ne faut pas oublier que des manifestations à plus d’un million de personnes, on a connu ça à chaque réforme des retraites et avec des grèves bien plus suivies que celles de 2022 et 2023.
Historique aussi, l’unité syndicale, de la CGT à la CFTC, qui a tenu bon jusqu’au bout. Mais à l’arrivée, ce qui a tenu bon, c’est le gouvernement qui n’a pas renoncé à une réforme dont on peut prendre le pari qu’aucune équipe qui succédera à Macron ne remettra en cause.
La conclusion de la contestation politique de la réforme des retraites est également proche.
Il reste malgré tout la proposition du groupe Liot, qui arrive en séance demain. Les jeux sont faits d’avance, et les promoteurs de la PPL le disent d’eux-mêmes par avance. Chacun a compris que dès que Charles de Courson présentera son amendement pour rétablir le cœur de la PPL, à savoir la suppression de la retraite à 64 ans, il sera déclaré irrecevable par la présidente de l’Assemblée. La conclusion de la contestation politique est proche aussi.
On a beaucoup parlé du groupe Liot. Qui est vraiment ce groupe ? C’est un groupe patchwork. Les autres groupes ont une logique idéologique. Il y a des mélenchonistes, des communistes, des écologistes, des socialistes, des macronistes, des centristes, des républicains, des lepénistes.
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Et puis, il y a LIOT où l’on trouve des anciens socialistes, des anciens macronistes, des anciens centristes, plus des ultra-marins et les indépendantistes corses. Entre Charles de Courson et Martine Frogier, ce n’est pas vraiment le même univers politique. Mais c’est un bon abri pour des gens qui ne sont plus à l’aise avec leur camp d’origine. Alors ils attirent.
En un an, ils sont passés de 16 à 21 députés. Et puis ils ont compris le profit médiatique qu’il y avait à jouer les empêcheurs de légiférer en rond. Ils en profitent. Qui aurait-dit que le très classique Charles de Courson allait devenir en quelque sorte la vitrine présentable de la stratégie de LFI ? L’ironie c’est qu’en début de la législature Elisabeth Borne voyait dans ce groupe, plutôt centriste, un allié potentiel privilégié. C’est devenu son cauchemar. La question est de savoir si, passé ce bouquet final sur les retraites, le groupe Liot va continuer à grandir ou va retomber dans l’oubli.