GRANADOS Enrique – LA BIOGRAPHIE

(1867-1916) Epoque Romantique

Le piano de Don Enrique Granados y Campiña est celui d’un poète amoureux de la vie. Une femme croise son regard et il se met aussitôt au piano ! Passionné par les folklores des régions d’Espagne, il offre dans sa musique une étonnante synthèse entre une traduction rigoureuse des couleurs ibériques et la création d’un univers sonore qui lui est propre. Les mélodies de Granados sont souvent simples, mais présentées avec des détails piquants, des trouvailles dans l’ornementation. Il est difficile de ne pas succomber au charme d’une écriture aussi élégante et subtile.

 

Le compositeur en 10 dates

1867 : Naissance à Lérida, en Catalogne
1887 : Valses poéticos
1890 : Débuts d’une carrière de pianiste virtuose
1894 : Trio pour violon, violoncelle et piano
1898 : Création de Maria del Carmen
1900 : Achèvement des Danzas españolas
1904 : Escenas romanticas
1908 : Dante, poème symphonique
1911 : Achèvement des Goyescas
1916 : Mort en mer

 

Pianiste virtuose à Paris

En peu d’années, Granados devient une gloire espagnole. Il affirme vouloir accomplir en Espagne, ce que Brahms à réussit en Allemagne et en Autriche.
Granados nait dans une famille modeste de Lérida. C’est à Barcelone, auprès de Joan Baptista Pujol et de Felipe Pedrell que Granados étudie, respectivement, le piano et la composition. Il se rend à Paris – comme pratiquement tous les compositeurs espagnols de son temps – pour parfaire ses études. Il reste deux ans au Conservatoire de Paris et travaille en privé avec Charles de Bériot, qui est également professeur de Riccardo Viñes et de Maurice Ravel.
En 1890, Granados débute sa carrière de pianiste, à la fois en tant que soliste et en chambriste. C’est ainsi qu’il devient le partenaire de musiciens tels Eugene Ysaÿe, Jacques Thibaud, Pablo Casals et Saint-Saëns.

 

Zarzuella et musique pour piano

Par la suite, la composition ainsi que l’enseignement prennent une place de plus en plus importante dans sa vie : « je ne suis pas un musicien, je suis un artiste ! », disait-il.  A Madrid, il compose notamment deux superbes pièces de musique de chambre, un Quintette pour piano et cordes et un Trio pour violon, violoncelle et piano; et il se lance dans la zarzuela et la musique de scène, si prisées à l’époque.
Sa zarzuela Maria del Carmen est créée à Madrid en 1898. Le succès est tel que le compositeur est décoré par le roi d’Espagne. D’autres ouvrages lyriques sont créés par la suite, à Barcelone : Picarol (1901), Follet (1903), Gaziel (1906), Liliana (1911). Granados devient chef d’orchestre et fonde la Société des concerts classiques et l’Académie Granados.

La composition pour le piano s’impose dans le répertoire de Granados. Des cycles de pièces, pour l’essentiel, d’une verve incandescente.
Les Valses poéticos datées de 1887 sont influencées par les écritures de Schumann et de Grieg. Après ces pièces de jeunesse, encore morceaux de salon, les Danzas españolas (1892-1900) suivies des Escenas romanticas  (1904) assoient la notoriété de Granados.
Les Danzas españolas sont regroupées en quatre cahiers de trois pièces chacun. Ce sont des danses ou des chorégraphies stylisées qui évoquent non seulement des atmosphères populaires, mais aussi des sonorités particulières. Chacune d’elles s’inspire des couleurs d’une province. Parmi tous les instruments imités, on reconnaît la guitare avec son jeu percussif si particulier, mais aussi les castagnettes et enfin le clavecin. Le souvenir des sonates de Domenico Scarlatti est encore présent dans la musique espagnole du XIXe siècle au point que l’on considère le compositeur baroque comme le véritable fondateur de la musique ibérique savante. L’ensemble des danses a un tel retentissement, notamment en France, que la carrière internationale du jeune compositeur est aussitôt lancée.
Les Escenas romanticas – prolongent l’écriture de Frédéric Chopin, mais aussi de Robert Schumann. La passion de la miniature se suffit à elle-même. Il faut encore patienter quelques années pour que le miracle des Goyescas se produise.

 

L’oeuvre majeure : Les Goyescas

Composé entre 1909 et 1911, le cycle pour piano des Goyescas est d’une envergure considérable. Il s’agit, sans nul doute, du chef-d’œuvre de Granados.
Chaque morceau des Goyescas s’inspire d’une peinture de Francisco Goya y Lucientes, le peintre préféré de Granados. Goya fut un prodigieux illustrateur de la vie espagnole de son temps et son style à la fois sensuel et brutal est transcrit par l’instrument. Amour et tragédie s’y côtoient. Aucune autre série de pièces ne semble plus proche du jeu à la fois intimiste et éclatant de la guitare. C’est l’œuvre phare du compositeur, dans laquelle il révèle, jusqu’à la saturation de l’espace sonore, sa science de coloriste. Créées le 9 mars 1911, à Barcelone, les Goyescas connaissent un succès immédiat. La première parisienne a lieu à la Salle Pleyel, le 4 avril 1914, par le compositeur lui-même. C’est un triomphe. Granados est décoré de la Légion d’honneur.

 

Opéra et musique symphonique

Moins connu, le répertoire lyrique et orchestral de Granados demeure passionnant
Le succès des Goyescas est tel que Granados compose un opéra en trois actes, du même nom, dans lequel il reprend plusieurs thèmes de la suite pour piano. Entre 1895 et 1910, il travaille sur plusieurs partitions orchestrales dont la plupart sont demeurées inachevées. La plus importante demeure le poème symphonique Dante dont la composition prend fin en 1908. De manière stupéfiante, l’œuvre opère une synthèse entre l’écriture wagnérienne et le souvenir de Pelléas et Mélisande de Debussy.

Au retour de leur voyage des Etats-Unis où l’opéra Goyescas a été représenté avec succès au Metropolitan Opera de New York, Granados et son épouse meurent tragiquement, suite au torpillage par un sous-marin allemand, de leur paquebot, le 26 mars 1916.