FALLA Manuel de – biographie

(1876-1946) Epoque moderne

Vainqueur avec La Vie brève, son premier opéra, du concours ouvert par l’Académie des beaux-arts d’Espagne, Manuel de Falla s’est vu aussitôt propulser sur les devants de la scène musicale. Il réside ensuite à Paris, liant connaissance avec Diaghilev et tout ce que la ville lumière comporte alors de personnalités artistiques, puis à Madrid, où il compose ses œuvres les plus célèbres. Homme complexe, perfectionniste et catholique fervent, Manuel de Falla s’impose comme la figure de proue de la musique espagnole du XXe siècle aux côtés d’Isaac Albéniz et d’Enrique Granados.

 

Manuel de Falla en 10 dates :

  • 1876 : Naissance à Cadix
  • 1884 : Commence l’étude du piano
  • 1905 : opéra La Vie brève
  • 1907-1914 : Séjourne en France et rencontre Dukas, Albéniz, Debussy et Ravel
  • 1915 : ballet L’Amour sorcier
  • 1917 : ballet Le Tricorne
  • 1921 : Réside à Grenade, où il organise un concours de Cante jondo en lien avec Federico García Lorca
  • 1926 : Concerto pour clavecin et cinq instruments, dédié à Wanda Landowska
  • 1926-1946 : Travaille à sa « cantate scénique » L’Atlantide, qui restera inachevée
  • 1946 : Mort à Alta Gracia (Argentine), où il a émigré après la guerre civile espagnole

 

Le théâtre attire d’emblée Manuel de Falla, qui y remporte son premier succès avec l’opéra La Vie brève

Andalou par son père, mais Catalan par sa mère qui lui donne ses premières leçons de musique, le jeune Manuel passe son enfance à Cadix, baigné dans le folklore andalou. Pendant son adolescence, ses goûts artistiques le font balancer entre la littérature et la musique. L’audition d’une symphonie de Beethoven décidera de sa vocation : devenu Madrilène, Falla intègre le Conservatoire et étudie le piano auprès de José Trago, et la composition auprès du grand Felipe Pedrell, remarquable pédagogue et musicologue, qui lui révèle toute la richesse du patrimoine musical espagnol. Sa famille devant faire face à un revers de fortune, le voici obligé de subvenir à ses besoins en se produisant comme pianiste et en payant son tribut à la zarzuela (il en composera cinq), genre extrêmement populaire en Espagne et que Falla apprécie… sans avoir pour autant l’intention d’y galvauder éternellement sa muse. Cela ne l’empêche pas de tirer profit de ses dons pour le théâtre en participant au concours organisé par l’Académie des beaux-arts : ainsi voit le jour, en 1905, son opéra La Vie brève, dont est extraite la célèbre « Danse espagnole », souvent jouée au concert. Toutefois, la création n’aura lieu que huit ans plus tard, en France, où il s’installe dès 1907, sous les auspices de Dukas, Ravel et Debussy, rencontrant Albéniz, Turina (un temps son colocataire) et Fauré, se liant d’amitié avec Stravinsky et son compatriote Riccardo Viñes.

 


Danse espagnole de La Vie brève (Lucero Tena, castagnette, dir. Jesús López Cobos)
 

Comment le « petit Espagnol tout noir » se révèle un maître du ballet

A Paris, le « petit Espagnol tout noir » (comme le dépeint affectueusement Dukas à Debussy) compose le recueil pianistique des Pièces espagnoles et le cycle de mélodies Sept Chansons populaires espagnoles, que les violoncellistes intégreront à leur répertoire par le biais de transcriptions. Les expériences très enrichissantes qu’il fait dans la capitale française le rendent plus apte à exprimer la nostalgie de son pays. De retour à Madrid, les sons, les images et les odeurs de sa terre natale s’emparent de lui. En 1915, il écrit L’Amour sorcier (et sa célèbre « Danse du feu »), inspiré par les récits fantastiques d’une gitane, puis Nuits dans les jardins d’Espagne, en 1916. Lié au folklore espagnol et à la musique française d’inspiration hispanique (Ravel, Debussy), ce concerto pour piano qui ne dit pas son nom s’inscrit dans le courant impressionniste du début du siècle. L’année 1919 est pleine d’évènements : la troupe de Serge de Diaghilev crée le ballet Le Tricorne à Londres. Grâce à la collaboration de Pablo Picasso (décors et costumes) et de Léonide Massine (chorégraphie), la représentation révèle un véritable chef-d’œuvre. La mort cette même année de ses parents le conduit à déménager à Grenade, où il réside jusqu’en 1939. C’est l’époque du Retable de maître Pierre (d’après un épisode de Don Quichotte), fruit d’une commande de la princesse de Polignac destinée à son théâtre de marionnettes, qui marque, aux côtés de l’âpre Fantaisie bétique (créée par le pianiste Arthur Rubinstein en 1920), le début de sa seconde manière.

 

Etablit en Argentine, dont le paysage lui rappelle son Andalousie natale, il travaille inlassablement à son Atlantide

Préoccupé par la survivance des traditions, il se met en contact avec le poète Federico García Lorca et d’autres artistes dans le dessein d’organiser à Grenade un festival de cante jondo. Miné par la Guerre civile et une santé de plus en plus chancelante, Falla achève difficilement son Concerto pour clavecin et se passionne pour le mythe de l’Atlantide, caressant l’espoir d’en tirer son chef-d’œuvre. Les 4 Homenajes à Arbos, Dukas, Debussy et Pedrell constituent son dernier ouvrage avant son départ pour l’Argentine, la veille de la Seconde Guerre mondiale. Installé en compagnie de sa sœur dans la province de Córdoba, dont le paysage lui rappelle son Andalousie bien-aimée, il reprend, chaque fois que sa santé et son humeur (de plus en plus sombre) le lui permettent, son Atlantide, qui restera inachevé bien qu’il ait eu la partition en chantier pendant des années. La dédicace jointe à cette « cantate scénique » porte la marque de l’affection profonde que Falla a toujours éprouvée pour sa patrie : « A Cadix, ma ville natale, à Barcelone, à Séville et à Grenade, auxquelles je dois beaucoup, en signe de profonde gratitude ». La dépouille de ce fervent catholique sera d’ailleurs solennellement transférée d’Argentine en Espagne, à Cadix, où elle repose désormais, dans la crypte de la cathédrale Santa Cruz.

 

Jérémie Bigorie

 

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