FAURE Gabriel – biographie

(1845-1924) Epoque Romantique et Moderne

Gabriel Fauré n’a pas composé qu’un Requiem ! Il est vrai que cette œuvre universelle est devenue sa carte de visite. S’il a longtemps été marginalisé par les autorités académiques de la fin du XIXème siècle, Fauré a finalement accédé à des fonctions prestigieuses. Il a soutenu les compositeurs en rupture de ban comme Ravel ou certains membres du Groupe des Six. Et sa musique reste emblématique de la « mélodie française ».

 

Gabriel Fauré en 10 dates :

  • 1845 : Naissance à Pamiers (Ariège)
  • 1854-1865 : École de musique Niedermeyer (Paris)
  • 1870 : Engagé volontaire dans l’armée
  • 1875 : Première sonate pour violon et piano
  • 1887 : Pavane (composition)
  • 1888 : Première exécution du Requiem à la Madeleine
  • 1893 : La Bonne chanson, cycle de mélodies sur des poèmes de Verlaine
  • 1905 : Nomination à la direction du Conservatoire
  • 1913 : opéra Pénélope créé à Monte Carlo
  • 1924 : Mort à Paris

 

Organiste d’église, Fauré se forme à l’école Nidermeyer à Paris

Né bien loin de Paris, à Pamiers en Ariège, Gabriel Fauré a mis du temps à se faire connaître. Il est formé à l’école Niedermeyer, qui prépare surtout à devenir organiste dans les églises. Ses premiers postes sont modestes : Saint Sauveur de Rennes pendant quatre ans, puis Notre Dame de Clignancourt. Pendant la guerre de 1870, il est engagé volontaire. Après l’armistice, il est nommé à Saint Honoré d’Eylau dans le 16ème arrondissement de Paris. Proche de Saint Saëns, qui a été son professeur de piano et avec qui il donne des récitals, il participe à la fondation de la Société nationale de musique (SNM) qui réunit des musiciens voulant défendre la musique française contre la domination de la musique allemande. En 1877 il est nommé maître de chapelle à la Madeleine, où il restera jusqu’en 1905, tenant l’orgue dans toutes les grandes cérémonies et y créant son Requiem en 1888.

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Après le Cantique de Jean Racine, Fauré se concentre un moment sur la musique religieuse

À vingt ans, il compose le Cantique de Jean Racine, une œuvre chorale avec orgue, dont la mélodie poignante annonce ses futures œuvres de musique sacrée (Tu es Petrus, Tantum ergo, En prière, Salve Regina, Ave Maria, Requiem…). Toute sa vie, Fauré gardera un œil sur son Cantique de jeunesse et cherchera à corriger certains détails. Une Messe basse est composée dans sa première version en 1881, sous le nom de Messe pour les pêcheurs de Villerville, puis plus tard en 1907 dans sa version définitive.

 

Ses chefs d’oeuvre : la Première Sonate pour violon et piano et le Requiem

Parmi ses nombreuses œuvres de musique de chambre (Trio, Quatuor à cordes, Quintettes avec piano, ou encore ses 2 Sonates pour violoncelle et piano), arrêtons-nous sur sa première Sonate pour violon et piano. Composée à 30 ans, elle est considérée aujourd’hui comme une œuvre majeure du répertoire. D’un lyrisme tempéré, sans recherche particulière de virtuosité pour le violon, c’est une sonate plutôt sobre qui séduit par ses longues phrases mélodieuses, la signature même de Fauré.


Sonate pour violon et piano n°1 (Bomsori Kim au Concours Joseph Joachim, 2012)

 

On sait que Fauré n’a pas conçu son Requiem comme dramatique mais plutôt comme une œuvre paisible de « confiance dans le repos éternel », selon ses propres termes. Il ne comporte d’ailleurs pas de Dies irae. Et sa dernière partie In Paradisum, chantée par un choeur féminin, est une montée sereine et sublime vers la vie éternelle… bien que Fauré se soit toujours dit athée. Créé à la Madeleine, le Requiem sera souvent joué lors de cérémonies officielles, et en grande formation symphonique au Trocadéro pour l’Exposition universelle de 1900.

 

Avec ses Nocturnes, Barcarolles et autres Préludes, le piano est bien représenté

La liste est longue de ses pièces pour piano, depuis ses Romances sans paroles (1863) jusqu’au Treizième nocturne (1921). Techniquement, elles ne sont pas aussi faciles à jouer que certains pourraient le croire. Ambidextre, Fauré donnait souvent à la main gauche des doigtés compliqués. Liszt, qu’il a connu à Weimar, lui en a d’ailleurs fait la remarque ! Barcarolles et Nocturnes constituent la plupart de ses pièces, l’ultime Nocturne opus 119 exprimant finalement une sorte de résolution de toutes ses créations précédentes, avec beaucoup de notes graves et un contrepoint qui semble toujours répondre à une main droite tentée de prendre sa liberté et d’imposer son discours.

 

Fauré s’impose aussi comme un maître de la mélodie française

Les mélodies pour voix et piano sont aussi nombreuses que les pièces pour piano seul. Chantées dans les salons, à une époque où la musique se pratiquait aussi chez soi pour quelques amis, elles ont bien contribué à la notoriété de Fauré. Les Berceaux, Clair de lune, ou le cycle La Bonne chanson, on y suit l’évolution du compositeur vers plus de complexité harmonique au fil du temps. Pablo Casals transcrira Après un rêve pour violoncelle et piano.

 

 

Les obsèques nationales à Paris

Le 4 novembre 1924 Gabriel Fauré décède à Paris. Des obsèques nationales lui sont données devant une foule plutôt impressionnante pour un musicien réputé élitiste. Devant l’église de la Madeleine on se bouscule pour entendre les discours officiels puis le Requiem. Très discret pendant sa vie, Fauré n’a guère parlé de sa surdité qui l’a pourtant handicapé pendant les vingt dernières années, sans toutefois l’empêcher de composer jusqu’à la fin. Son œuvre ultime est son Quatuor à cordes, dont il a longtemps repoussé l’idée par respect pour Beethoven, et qui ne sera créé qu’après sa mort.

Professeur au Conservatoire de Paris en classe de composition, Fauré a souvent soutenu ses nombreux élèves, les encourageant à tracer leur propre chemin. Il n’est pas sûr que Maurice Ravel aimait vraiment la musique de Fauré, qui en retour a parfois critiqué certaines pièces de son élève. Mais Fauré l’a soutenu dans son combat pour se libérer du carcan académique. Et c’est bien Ravel qui a demandé à Fauré de présider la nouvelle Société de musique indépendante (SMI), créée en 1909 en opposition à l’ancienne Société nationale de musique (SNM). Une nouvelle génération de compositeurs a pris alors son envol, dont Florent Schmitt, Albert Roussel et Jacques Ibert.

 

Philippe Hussenot

 

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