Didier Raoult a un côté « autoritaire, seul contre tous », selon Roselyne Bachelot

Roselyne Bachelot était l’invitée de la matinale de Renaud Blanc ce vendredi 10 avril. L’ancienne ministre de la Santé s’en est prise au professeur Didier Raoult, un homme « autoritaire » qui ferait partie de « l’establishment ». La seule faute commise par Emmanuel Macron à ses yeux est « le maintien du 1er tour des municipales », décidé à cause « des responsables politiques de droite » et de « certains journalistes ».

 

Roselyne Bachelot reproche aux scientifiques leur « communication noire » sur les masques

« Vous voulez me culpabiliser ?! » Interrogée sur le rôle qu’elle a joué durant la crise du H1N1 en 2009-2010, l’ancienne ministre de la Santé Roselyne Bachelot a manifesté un certain agacement, a tout de même tâché de défendre son bilan et a affirmé avoir alors agi par « principe de prévention ». « Si de m’être préparée au pire a fait baisser la garde à certains, c’est une faute », a-t-elle jugé. Aux yeux des Français en tout cas, le gouvernement actuel n’a pas été transparent sur toutes les dimensions de la crise.

 

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Ainsi, 77% des personnes interrogées estiment qu’on les a trompées sur les masques, d’après un sondage publié par Le Figaro. « C’est aussi la communication noire de la communauté scientifique » qui est en cause, pour Roselyne Bachelot. « Je n’aurais pas la cruauté de rappeler les déclarations des uns et des autres sur les masques ». Si le gouvernement devra « rendre des comptes » en temps voulu, pour l’ex-ministre de Nicolas Sarkozy, l’exécutif « s’en sort pour le mieux » jusqu’à maintenant.

 

 

« On peut toujours mieux faire et les gens qui se vautreront dans les champs de la lucidité à posteriori, je leur exprime mon plus profond mépris ». Une décision peut cependant lui être reprochée, le maintien du 1er tour des municipales. « C’est pour moi, rétrospectivement, une faute largement partagée par l’ensemble de la classe politique, et en particulier des responsables politiques de droite. C’était au président de la République de ne pas tenir compte de ces avis ». Autre coupable visé par Roselyne Bachelot, aujourd’hui reconvertie dans le milieu des médias, le « bruit entretenu par certains journalistes ».

 

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« Je travaille dans une rédaction. Il n’y avait qu’un seul mot dans cette journée qui a précédé l’allocution du président de la République, où il était possible qu’il supprime le 1er tour. On disait : vraiment, Emmanuel Macron est un dictateur ».

 

Didier Raoult cultive un « côté autoritaire, de seul contre tous », pour Roselyne Bachelot

Emmanuel Macron, qui a fait hier une visite surprise à l’IHU de Marseille, où le professeur Didier Raoult expérimente son traitement à base d’hydroxychloroquine, un anti-inflammatoire et d’azithromycine, un antibiotique. « Je dois dire que je suis d’accord avec l’analyse de l’excellent Guillaume Tabard. Ma 1ère réaction a été la surprise en apprenant cette visite. Le président de la République ne voulait pas adouber de recherches scientifiques ; ce n’est pas sa fonction ».

 

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« C’est une visite qui a un but politique », a expliqué Roselyne Bachelot, qui espère que ce déplacement du chef de l’Etat pourra « désarmorcer des théories du complot qui commencent à fleurir partout ». Le milieu scientifique se fracture sur la question du traitement à la chloroquine et sur les méthodes du professeur Raoult. L’absence de consensus donne lieu à des prises de positions médiatiques souvent illégitimes pour Roselyne Bachelot.

 

 

« Plus personne n’évalue ses travaux. La plupart des gens qui se prononcent – il y a une pétition qui compte plusieurs milliers de personnes – ce sont des gens, que l’on appelle en constitution de l’opinion publique, (des gens poussés) par un effet de halo » ; soit l’effet que la notoriété d’un personnage peut provoquer dans l’opinion, où la 1ère impression est capitale. « On dit : le professeur Raoult est un grand professeur, donc ses travaux sont valables. Ce n’est pas une démarche recevable. Cet effet de halo est constitué par le côté autoritaire de monsieur Raoult, de seul contre tous », a-t-elle décrit.

 

Didier Raoult « n’est absolument pas un paria » mais ferait partie de « l’establishment »

Roselyne Bachelot pense que la visite officielle du président peut modifier la perception que l’opinion publique peut avoir de lui. « Les personnalités autoritaires sont celles qui surgissent en temps de crise. Le côté disruptif (de Didier Raoult), ne serait-ce que par son aspect physique, fait que c’est « Asterix contre les Romains ». Je crois que la visite de monsieur Macron va le remettent dans ce qu’il est, ce que Jean-Marie Le Pen appelait il fut un temps « l’establishment ».

 

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« C’est un professeur parfaitement reconnu, il est à la tête d’un IHU financé au moment des grands plans d’investissements de Nicolas Sarkozy ». L’ex-ministre a invoqué les « financements publics et privés » qu’il reçoit pour minimiser la mise à la marge du milieu scientifique qui serait la sienne. « Monsieur Raoult n’est absolument pas un paria », a-t-elle tranché. Roselyne Bachelot, offensive à l’encontre de l’infectiologue marseillais, assure qu’elle n’a pas de « distance » vis-à-vis de lui et que son avis est uniquement motivé par une approche scientifique de ses études cliniques. « Les premiers travaux du professeur Raoult n’était pas conclusifs ».

 

 

« Ils avaient des échantillons trop minces, il avait introduit des biais méthodologiques importants. Il y a une autre étude menée par le professeur Raoult, avec 1000 malades. On en connait pas encore les tenants et les aboutissants, puisque tout ce que l’on connait, c’est l’avis du professeur Raoult lui-même qui sur une chaine YouTube a dit : tout c’est bien passé ». Pour le professeur, dans 91% des cas, son traitement se serait montré efficace.

 

La chloroquine aurait fait l’objet de « signalements auprès des centres de pharmaco-vigilence »

« Le professeur Raoult est le pire ennemi de lui-même, il dit beaucoup de mal de ses collègues et il cultive son personnage de seul contre tous. Etre jugé par ses paires est le b.a.-ba de la démarche scientifique ». Citant un papier à paraitre dans le journal Le Monde ce jour, Roselyne Bachelot a indiqué que des « signalements dans les centres de pharmaco-vigilence » ont été enregistrés. Ils seraient relatifs aux effets secondaires de la chloroquine.

 

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« Il faut regarder cela avec beaucoup de soin. Il y a l’usage de la chloroquine maintenant et à long terme. Je dois dire que c’est précisément des usages de certains médicaments qui ont amené des catastrophes sanitaires ces dernières années », a-t-elle indiqué, estimant que « ce qui gâche le débat » est la « démarche émotionnelle » très répandue sur ces sujets. Emmanuel Macron doit s’exprimer devant les Français lundi prochain. Une allocution dont beaucoup attendent l’annonce du prolongement du confinement, « souhaitable » mais aux conséquences économiques non-négligeables.

 

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Roselyne Bachelot espère aussi de cette prise de parole qu’elle permette de redire « de façon forte les contraintes liées au confinement, que rien ne se relâche et qu’on peut étudier le déconfiement, qui va être une opération complexe, qui va demander plus de sacrifices à la communauté nationale ». « J’attends du président de la République cette parole-là », a-t-elle conclu.

 

Nicolas Gomont

 

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