Chloroquine : les études européennes seront publiées la semaine prochaine, annonce Jean-François Delfraissy

Jean-François Delfraissy était l’invité de la matinale de Renaud Blanc ce jeudi 9 avril. Le président du Conseil scientifique a déclaré que la nicotine avait « un rôle bénéfique » contre le coronavirus. Les prisons seraient plutôt épargnées par l’épidémie car les « prisonniers sont des gros fumeurs ». L’immunologiste a annoncé le résultat des études européennes sur la chloroquine pour « le milieu de semaine prochaine ».

 

12% à 13% de mortalité chez les personnes âgées poly-pathologiques

« 17 millions de Français » sont à risque. Jean-François Delfraissy a estimé le nombre de personnes susceptibles de développer une forme grave du coronavirus. Il a également dressé ce matin au micro de Renaud Blanc les 2 portraits types du malade du Covid-19 placé en réanimation. « Il y a déjà des sujets plutôt âgés, avec une poly-pathologie, une atteinte respiratoire, cardiaque, rénale au départ et qui ont plus de 65 ans en général. Ce sont surtout eux qui vont se retrouver en réanimation et qui vont avoir une mortalité plus importante, de l’ordre de 12-13% ». Des sujets jeunes peuvent aussi être touchés par des complications sévères, mais « ce sont en général des obèses ». « C’est pourquoi nous avons des inquiétudes sur ce qui va se passer aux Etats-Unis », a-t-il ajouté.

 

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Le médecin immunologiste ne sait pas prononcé sur le caractère positif ou négatif de l’arrivée des beaux jours sur la circulation du virus. « Je ne sais pas. Si on regarde là où est survenu le coronavirus, on se rend compte que c’était plutôt des zones en périodes d’hiver. Mais il est aussi survenu à Hong-Kong, dans une zone tropicale. Il est actuellement en Amérique du Sud, avec des périodes de chaleur ». Mais l’histoire des épidémies, notamment européennes, nous apprend qu’elles « se sont beaucoup réduites pendant la période de l’été, quitte à revenir dans la période automnale ».

 

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La période de confinement, qui s’étend officiellement jusqu’au 15 avril, sera prolongée, à entendre le président du Comité scientifique. Les avis de ce dernier sont généralement suivis par le gouvernement, qui avait toutefois privilégié il y a peu un renouvellement du confinement de 15 jours renouvelables, au lieu des 4 semaines prônées par le comité. « C’est un confinement qui va durer plusieurs semaines, tant que le système de soin est sous pression », a-t-il prévenu.

 

Les personnes souffrant s’allergies ne seraient pas plus à risque face au coronavirus

L’indicateur que regarde de près Jean-François Delfraissy est le R-zéro, qui mesure le nombre de personnes qu’un malade contamine à leur contact. Le déconfinement ne pourra s’engager que lorsque ce taux sera inférieur à 1 ; soit moins d’une personne contaminée par individu infecté. Le médecin s’est prononcé en faveur de la « poursuite du confinement avec les règles strictes actuelles », malgré le soleil et les températures printanières. « Les gens veulent sortir, je le comprends parfaitement. Le confinement est quelque chose d’anti-naturel, d’anti-culturel. Je suis le 1er à souffrir du confinement. Si on le poursuit, c’est que c’est nécessaire ».

 

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« Quand je vois fleurir des gens sur le canal Saint-martin (Paris), c’est une forme de suicide collectif ». L’arrivée du printemps marque aussi celle des pollens. Les personnes allergiques ne serait plus sensibles au Covid-19, à croire Jean-François Delfraissy. Les allergies « font craindre aux personnes qui mouchent d’être infectées par le coronavirus. Si elles n’ont pas de température, de signes pulmonaires, de signes digestifs », alors elles ne doivent pas s’inquiéter et surtout, ne pas s’auto-médicamenter, une pratique à « totalement à prohiber ». « Les corticoïdes inhalés, si on peut s’en passer en ce moment, mieux vaut le faire ».

 

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« Les patients qui nécessitent des corticoïdes doivent continuer à les prendre et joindre leur médecin traitant pour s’en assurer ». Le président du Comité scientifique, dont faisait partie le professeur Didier Raoult avant de prendre ses distances, ne préconise toujours pas de traitement généralisé à l’hydroxychloroquine. « Nous n’avons pas de preuve formelle de l’efficacité d’un médicament », a-t-il déclaré, annonçant les résultats des études européennes sur la question pour le milieu de la semaine prochaine.

 

Pas de tests massifs dans les Ehpad par manque de matériel

Le professeur Didier Raoult conteste la nécessité de lancer des études clinique d’ampleur, « une mode » scientifique à ses yeux, alors que la crise sanitaire imposerait d’autres méthodes, dont Jean-François Delfraissy reconnaît l’intérêt. « La crise sanitaire doit nous obliger à modifier nos comportements scientifiques, à aller plus vite et plus loin. Je suis très partisan de ce type de stratégies », a-t-il indiqué, tout en nuançant par la suite. « Mais il y a un certain nombre de règles pour prouver qu’un médicament est efficace ». Le médicament, dont la prescription est autorisée sous conditions par le ministère de la Santé, fait l’objet de multiples appels de médecins, comme Philippe Douste-Blazy, à le prescrire plus massivement.

 

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« Il a tout à fait raison. Il y a déjà une prescription assez large de l’hydroxychloroquine, y compris en région parisienne, sur des formes qui ne sont pas des formes graves mais hospitalisées ». Autre sujet de controverse, le dépistage dans les Ehpad et les centres médico-sociaux, très touchés par le coronavirus, et actuellement soumis à des tests automatiques seulement à partir du 1er cas répertorié. Le chef des urgences de l’hôpital Georges-Pompidou réclamait hier sur notre antenne des campagnes de dépistage immédiates dans tous les établissements pour ne pas perdre de temps. Une stratégie difficile à mettre en oeuvre car la France manque de matériel.

 

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« Les tests, on en manquait début mars. Ils sont en train d’arriver à vitesse grand V. On était à environ 3.000 tests diagnostic par jour. On est maintenant à un peu près 30.000 par jour. On sera à 100.000 ou 120.000 en 15 jours. L’idée est d’utiliser ces tests pendant cette période de confinement dans des situations plus à risque que d’autres, comme dans les Ehpad et dans les prisons ». Les prisons, autre lieu de confinement qui inquiétait le gouvernement. Plusieurs gardiens ont été infectés par le Covid-19 et près de 8.000 détenus ont été libérés pour limiter une épidémie massive. Pourtant, Jean-François Delfraissy l’assure, il y a « assez peu de cas en prison ».

 

La nicotine a « un rôle bénéfique » et empêcherait l’entrée du coronavirus dans le corps

Un constat qui pourrait s’expliquer par les comportements des personnes incarcérées. « 87% des prisonniers sont des gros fumeurs ». Or, si le tabac maximise le risque d’insuffisance respiratoire, la nicotine aurait, elle, des effets positifs. « On sait que le récepteur à la nicotine est un récepteur très proche du récepteur d’entrée du virus et qui le perturbe. Il y a un rôle bénéfique de la nicotine ». Si le déconfinement n’est pas pour demain, selon le gouvernement, l’exécutif commence déjà à le préparer. Plusieurs outils sont sur la table, comme le port du masque dans l’espace public.

 

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« Il nous faudra avoir des masques, qui ne doivent pas faire oublier les mesures barrières et de distanciation sociale », a-t-il rappelé, tout en indiquant que les masques artisanaux s’inscrivaient plus « dans une vision psychologique de la sortie », et « pas tellement pour se protéger soi mais pour protéger les autres ». Le gouvernement planche aussi sur une application de traçage numérique. « C’est un des instruments sur lequel on est en train de réfléchir. On compte tous sur l’innovation ». Mais des critiques s’élèvent déjà pour contester la stratégie suivie par les autorités, le manque d’anticipation et les pénuries de systèmes de protection et de soin.

 

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« On pourrait citer aussi l’Italie, l’Espagne ou l’Angleterre, où la situation est comparable », a tenté de relativisé Jean-François Delfraissy, qui a tout de même reconnu que « la situation est moins sévère en Allemagne ». « Il y avait dès le début mars un nombre plus important de tests, qui ont permis avoir cette stratégie, qui n’était pas possible en France », a-t-il conclu.

 

Nicolas Gomont

 

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