Voitures électriques : L’UE s’engage dans un bras de fer commercial avec la Chine

Ng Han Guan/AP/SIPA

L’Union européenne vient de mettre en place un système de comptabilisation des importations chinoises. A terme, des taxes et des sanctions pourraient être imposées. 

En septembre dernier, la Commission européenne avait ouvert une enquête car Bruxelles avait de forts soupçons au sujet des entreprises automobiles chinoises. En voyant les prix auxquels arrivent en Europe les voitures électriques chinoises, les Européens se demandent si les constructeurs de l’Empire du Milieu n’avaient pas bénéficié de nombreuses aides publiques leur permettant d’être hyper compétitifs.

Pour défendre notre industrie automobile qui monte lentement en puissance dans l’électrique, Bruxelles voulait donc imposer des mesures de protection pour éviter une concurrence déloyale. C’est ce qui vient de se passer : à partir de ce jeudi 7 mars, toutes les importations chinoises seront comptabilisées. Si à la fin de l’année l’enquête européenne prouve que les Chinois ont bénéficié d’une aide illégale, l’Europe pourra imposer des taxes et des sanctions, même a posteriori.

BYD produit ses propres batteries

La Commission européenne semble avoir des preuves indiquant que les constructeurs chinois sont coupables d’une forme de dumping. Ils ne vendent pas forcément en dessous de leurs coûts mais le problème est surtout que l’écosystème de l’automobile électrique chinoise a bénéficié d’un soutien massif. Des prêts financiers, un accès à des terrains, à une énergie bon marché, une réglementation peu contraignante, un accès aux matières premières…

Mais si les constructeurs chinois sont bons, il faut le reconnaître, c’est aussi qu’ils sont nombreux. La concurrence entre eux a fait émerger des acteurs puissants et ils sont également très intégrés verticalement. La marque BYD, par exemple, produit ses propres batteries, ce qui est un avantage compétitif majeur.

Enfin, ils s’appuient sur le premier marché automobile de la planète, qui est en prime très électrique. Ils ont de très gros volumes et des vraies économies d’échelle et leur compétitivité vient aussi de là.

Un risque de spirale « perdant-perdant »

Malgré tout, l’Europe n’a pas vraiment de bonne raison d’engager un bras de fer avec la Chine. Une guerre commerciale n’est jamais une bonne chose, car cela provoque des tensions et nuit aux échanges. Il y a des victimes collatérales. La Chine estime par exemple que c’est la France qui en veut le plus à ses constructeurs automobiles, mais cela est faux. Les Allemands, les Espagnols et les Italiens sont tout aussi remontés.

Mais nos politiques ont davantage attaqué la Chine. Ainsi, Pékin va sans doute prendre des mesures de rétorsion contre le cognac qui va devenir la victime collatérale d’un conflit commercial qui ne le concernait pas. Il y a un risque de spirale « perdant-perdant ».

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En plus, quand les Chinois exportent des voitures pas chères, ils soutiennent le pouvoir d’achat des Français et obligent nos constructeurs à s’améliorer. Plus qu’un bras de fer qui pourrait partir en vrille, il faudrait trouver un terrain d’entente basé sur la réciprocité et la non-naïveté. On peut imaginer taxer un peu plus l’automobile chinoise ou les inciter à investir dans un outil industriel en Europe. Il faut trouver une issue positive, pas une guerre stérile.

David Barroux

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