L’Organisation mondiale du commerce sert-elle encore à quelque chose ? La question se pose, après l’échec de la réunion ministérielle qui s’est terminée vendredi dernier à Abu Dhabi.
Ce n’est pas le premier le premier échec de l’OMC, loin de là. On peut même dire qu’elle est aujourd’hui en état de mort cérébrale. Après deux décennies de bons et loyaux services, cet organisme, qui a ouvert la voie à la mondialisation des échanges au milieu des années 1990, est devenu inopérant.
A la manière de l’OTAN de 2019, pour lequel Emmanuel Macron avait employé cette même formule, elle ne parvient plus à remplir sa mission de régulation du commerce mondial.
L’Inde empêche un accord
Ce blocage, l’OMC, dirigée depuis mars 2021 par Ngozi Okonjo-Iweala, le doit d’abord à un mode de fonctionnement inadapté. Comment imaginer qu’un club qui réunit 164 membres puisse continuer à fonctionner selon la règle de l’unanimité ? Si aucun accord n’a été trouvé la semaine dernière sur les questions majeures de la surpêche et des subventions agricoles, c’est uniquement parce que les représentants de l’Inde s’y sont opposés. Pour de bonnes raisons, sans doute, mais cela a empêché les 163 autres membres d’acter leur accord.
Une réforme des règles de fonctionnement de l’organisation serait souhaitable. Mais, dans un monde toujours plus fragmenté, une telle réforme est totalement inenvisageable. L’OMC ressemble de plus en plus à une antiquité, au reliquat d’un passé où l’interdépendance croissante des économies était considérée comme porteuse de prospérité.
Les barrières commerciales et douanières se relèvent
Depuis, cette utopie d’une mondialisation qui ne ferait que des gagnants a vécu et les grands accords commerciaux internationaux sont passés de mode. En Europe en particulier, mais pas seulement.
De plus, les barrières commerciales et douanières se sont relevées un peu partout dans le monde. Entre 2020 et 2023, près de 4.500 mesures restrictives ont été mises en place. Pour le moment, la cote d’alerte n’est pas encore atteinte car les trois quarts du commerce planétaire respectent toujours les règles édictées par l’OMC.
A lire aussi
Mais pour combien de temps encore ? La réponse à cette question est davantage à Washington et Pékin qu’à Genève, siège de l’Organisation mondiale du commerce.
Retrouvez tous les articles liés à l’actualité économique