La crise agricole a fait réémerger dans le débat public de nombreux questionnements quant à l’organisation du milieu agricole français. Pour Audrey Bourolleau, ancienne conseillère agriculture d’Emmanuel Macron et fondatrice de la ferme HECTAR invitée de la matinale de Radio Classique, il faudrait encourager les agriculteurs à entreprendre.
L’ancienne conseillère du Président situe les racines de cette crise dans les importants « écarts de revenus » entre les agriculteurs et dans une crise de la reconnaissance. « On ne sait pas vraiment ce qu’on imagine dans nos récits et dans nos imaginaires quand on parle d’agriculteurs », explique-t-elle. « Ce qui se vit aujourd’hui, c’est une incompréhension entre les agriculteurs et la société », à laquelle s’ajoute « une grande défiance politique ».
Audrey Bourolleau note un « grand absent » des récentes annonces de l’exécutif « très centrées sur les fermes » : l’échelle de la transformation. Selon la cheffe d’entreprise, il faut « relocaliser » des maillons de la chaîne de production dans notre territoire, comme le triage, le stockage ou l’abattage. « Notre sujet est un peu industriel, économique », résume-t-elle.
« Je ne sais moi-même pas conduire un tracteur »
A travers son entreprise HECTAR, à la fois ferme et accélérateur de start-up agricoles, Audrey Bourolleau, qui se décrit elle-même comme « fermière et cheffe d’entreprise », défend une vision du secteur agricole comme « grand secteur économique fait de chefs d’entreprise ». Elle incite les agriculteurs à « aller chercher » d’autres types de « valeur ajoutée » dans leurs fermes, par exemple à travers la production d’énergie.
HECTAR poursuit également l’objectif de former des jeunes au métier d’agriculteur et affiche son ambition de devenir « le plus grand campus agricole du monde ». L’objectif est d’inciter les jeunes à entreprendre : « Je ne sais moi-même pas conduire un tracteur mais ce n’est pas grave », affirme Audrey Bourolleau, « on peut entreprendre dans ce secteur-là et ne pas être l’homme ou la femme clé ».
Un plafond de verre pour les agricultrices
Elle indique apporter une attention particulière à la place occupée par les femmes dans le milieu agricole, qui seraient 50% dans les lycées agricoles mais seulement 20% à devenir cheffes d’exploitation.
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Un premier « plafond de verre » contre lequel « il reste un combat [à mener] », pour la directrice d’Hectar, qui souligne également que les agricultrices n’ont obtenu le congé maternité à égalité des autres secteurs qu’en 2019. Avant de conclure : « la transition sera aussi encadrée par des femmes ».
Ella Couet