Alors que l’inflation s’est installée en Europe et aux Etats-Unis depuis deux ans, la Chine connaît actuellement moment une période de déflation. La directrice des études économiques du Crédit Agricole Isabelle Job-Bazille décrypte au micro de Radio Classique les causes et les effets de ce phénomène.
En Chine, le niveau général des prix baisse. Le phénomène, qu’Isabelle Job-Bazille décrit comme une « pression déflationniste », est lié à l’éclatement récent d’une bulle immobilière qui a déclenché une crise de grande ampleur. « Quasiment la moitié des promoteurs » immobiliers ont fait faillite, dont le géant Evergrande qui était l’entreprise était la plus endettée au monde, avec des emprunts à hauteur de 300 milliards d’euros.
Mais le problème chinois serait en réalité « un problème de surendettement » plus généralisé, qui touche aussi bien les entreprises que les ménages ou les collectivités locales. Sous l’effet de la déflation qui « pressurise les revenus », « tous les agents qui sont endettés dans l’économie chinoise cherchent aujourd’hui à se désendetter ».
La Chine entre dans une semaine politiquement importante
La déflation crée aussi des « comportements attentistes » engendrant un « engrenage un peu vicieux ». Isabelle Job-Bazille résume la mentalité des acteurs économiques : « Pourquoi consommer aujourd’hui puisque les prix seront plus bas demain ? ».
Alors que la Chine entre dans une semaine politiquement importante, avec la réunion annuelle de son parlement, les dirigeants du pays ont proclamé leur confiance dans un rebond de l’économie. La directrice des études économiques du Crédit Agricole s’étonne : « On s’attendait à ce qu’il y ait des plans de relance, et ça n’a pas du tout été le cas. ». Les dirigeants chinois auraient « l’impression que s’ils relancent, notamment la demande, les ménages continueront d’épargner ».
« Les ménages épargnent pour tout »
Pour elle, une crise de confiance « née avec le Covid et resserrée avec cette crise immobilière » a fait que la croissance économique n’est « plus la priorité » en Chine. Le pays connait actuellement des « taux d’épargne extrêmement élevés ». « Les ménages épargnent pour tout », explique Isabelle Job-Bazille. Education des enfants, risque de chômage, retraite…
« S’il y a des choses à réinventer en Chine, c’est la protection sociale », analyse-t-elle. Il faudrait ainsi « avoir une meilleure protection de manière que les ménages épargnent moins ». C’est un des buts que s’est fixé le pays dans son Plan de croissance pour 2035, afin de rééquilibrer la croissance vers la consommation.
Une bonne nouvelle pour l’inflation chez nous
La déflation chinoise pourrait en partie s’exporter vers l’Europe. L’exportation de ses « surcapacités » constitue actuellement un des seuls « moteurs de croissance » pour la Chine. Celles-ci se trouvent principalement dans les batteries, les véhicules électriques et les panneaux solaires, qui inondent déjà le marché avec des prix cassés.
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Cela pourrait faire baisser les prix sur ces produits et constituer « une bonne nouvelle pour l’inflation chez nous ». Avec le risque, cependant, que les entreprises européennes soient victimes d’une « concurrence qu’on pourrait qualifier de déloyale », met en garde l’économiste.
Ella Couet
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