A Taïwan, l’élection présidentielle vient de porter au pouvoir pour quatre ans un homme déterminé à réaffirmer l’indépendance de son pays face à la Chine populaire. Un acte de bravoure, mais aussi un pari risqué. Comment Pékin va-t-il régir ?
A peine élu (avec 40,1% des voix), Lai Ching-te, 64 ans, a tenu à rappeler la ligne stricte de son mandat : « Nous sommes déterminés à protéger Taïwan des menaces et intimidations continuelles de la Chine ». Pour sûr, Lai Ching-te n’était pas le candidat favori de Pékin qui l’a qualifié de « grave danger ».
Jeudi, trois jours avant l’élection, cinq ballons chinois ont franchi la ligne médiane séparant l’île autonome de son territoire, dix avions et six navires de guerre ont été également repérés dans la zone. Pour donner le ton, le ministre des Affaires étrangères de Pékin a affirmé que « Taïwan n’a jamais été un pays. Cela ne l’était pas dans le passé et cela ne le sera certainement pas dans le futur ».
Les Taïwanais rejettent en masse le dialogue avec Pékin
Parmi les trois candidats principaux à l’élection présidentielle, Lai Ching-te était de loin le plus virulent face à la Chine, ses deux autres concurrents étaient plus mesurés et prudemment ouverts à l’idée d’un dialogue avec Pékin. La nette victoire de Lai Ching-te signifie donc le rejet clair et net par le peuple taïwanais, notamment la jeunesse, de l’option du dialogue.
C’est cela qui irrite Pékin, qui rêve d’avancer vers ses desseins à pas feutrés. Lai Ching-te incarne l’inverse , il a consacré sa vie entière à la défense de l’intransigeance. Nommé Premier ministre en 2016 par la présidente qui l’a précédé, Madame Tsaï Ing-wen, elle-même pourtant nationaliste, il a réussi à se détacher d’elle justement par des positions indépendantistes beaucoup plus dures. L’exemple de Hong Kong, bel et bien mise au pas par Pékin malgré toutes les promesses de respect de la démocratie, sert d’épouvantail.
Un match inégal entre Xi Jinping et Lai Ching-Te
Quelle va être maintenant la réplique de Pékin ? Le problème vient de ce que Xi Jinping a martelé à moult reprises que Taïwan reviendrait nécessairement à la Chine, que c’était là une certitude qui verrait son accomplissement sous son règne. Lai Ching-Te contre Xi Jinping, les deux hommes ont décidé de confondre leur propre destin politique avec celui de Taïwan, or le match reste complètement inégal.
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Restons donc à l’écoute, la première riposte pourrait être économique : Taïwan fournit 70 % des semi-conducteurs de la planète, dont 90 % des semi-conducteurs les plus sophistiqués qui sont destinés au développement de l’intelligence artificielle. Plus de 50 % des conteneurs transportés dans le monde transitent par le détroit de Taïwan. C’est dire si la Chine a des moyens de rétorsion. C’est dire aussi si l’avènement d’un nouveau président à Taïwan nous concerne tous.
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