Depuis deux semaines, Vladimir Poutine soumet les villes d’Ukraine à des bombardements intensifs. L’objectif est de forcer Kiev à négocier. Mais quelle pourrait être la base de pourparlers selon le maître du Kremlin ?
C’est du jamais vu depuis le début de cette guerre. En moins d’une semaine, près de 300 missiles et plus de 200 drones russes ont été tirés sur l’Ukraine. Poutine a la rage car il a calibré sa stratégie en fonction des lacunes du camp adverse.
Les Européens ne parviennent pas à produire le million d’obus qu’ils avaient promis aux forces ukrainiennes d’ici à la fin du mois de mars 2024 – ils en livreront tout au plus 300 000.
Les Etats-Unis, de leur côté, s’enlisent dans un débat politicien au Congrès, ce qui bloque les 61,4 milliards de dollars que Joe Biden sollicite pour aider Kiev. Avec ces deux difficultés dans le camp occidental, Poutine exploite son avantage.
Une stratégie qui s’appuie uniquement sur les pertes de l’adversaire
Le maître du Kremlin suit la ligne des dirigeants russes les plus autoritaires : non pas le pari « gagnant-gagnant » que nous privilégions en Occident pour parvenir à une paix durable entre les nations.
Au contraire, Poutine pratique le pari « perdant-perdant » : je m’intéresse moins à ce que je remporte qu’à tout ce que perd l’adversaire. C’est très russe, comme il est très russe d’entretenir des conflits territoriaux gelés aux marches de l’empire : Ukraine, Transnistrie, Géorgie, Arménie-Azerbaïdjan… la Russie est experte en « non-solution ».
D’un côté, Vladimir Poutine s’est dit récemment favorable à la fin des hostilités, uniquement « si la Russie fixe les conditions ». De l’autre côté, il promet d’augmenter les dépenses militaires russes de 70 % en 2024 par rapport à 2023 et repousse l’âge de la conscription de 27 à 30 ans.
Un perdant russe contre deux perdants occidentaux : Poutine s’estime gagnant
Que cache cette contradiction, qui n’est qu’apparente ? En réalité, un cessez-le-feu à ce stade du conflit consacrerait les acquis territoriaux russes, soit 22 % du territoire ukrainien enlevé d’une seule pièce. Ainsi, le scénario de la partition pourrait être posé sur la table des négociations, ce qui signifierait l’échec de toutes les parties au conflit.
Premièrement, les Russes n’auraient pas réussi à ramener l’Ukraine dans le giron de Moscou ; au contraire, Kiev s’ancrerait définitivement dans le camp des démocraties occidentales. Deuxièmement, les Ukrainiens perdraient leurs terres et une énorme part de leur potentiel industriel, sans compter les immenses destructions subies.
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Troisièmement, les Américains et les Européens montreraient aux yeux du monde entier qu’ils sont incapables d’assurer la victoire de la démocratie et qu’ils sont très vulnérables. Si vous savez compter, cela ferait un perdant russe contre deux perdants, Ukrainiens et Occidentaux. Pour Poutine, c’est synonyme d’une grande victoire. Et c’est bien cela qui est inquiétant.
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