Le 1er janvier, la Cour suprême d’Israël a partiellement invalidé la réforme de la justice que Benjamin Netanyahu voulait faire adopter. C’est une disposition-clé d’un projet très controversé qui a été rejetée : celle-ci prévoyait de retirer au pouvoir judiciaire le droit de se prononcer sur « le caractère raisonnable » des décisions de l’exécutif ou du Parlement israélien.
Certes, l’expression « caractère raisonnable » est juridiquement assez floue ; mais elle permet une interprétation assez large, qui a été précisément accordée à la Cour suprême par les institutions israéliennes afin d’instaurer un équilibre des pouvoirs salutaire.
Il faut rappeler que le Parlement israélien, la Knesset, ne comporte qu’une seule chambre. Le rôle de la Cour suprême est d’autant plus essentiel pour envisager un recours.
En réaffirmant ses prérogatives, cette haute juridiction vient de rouvrir un débat qui était venu déchirer en profondeur l’opinion publique comme jamais depuis la création de l’Etat d’Israël en 1948. Ces discussions avaient été subitement interrompues par le massacre perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023.
La stratégie de Netanyahu commence à trouver ses limites
En guise de réaction à ce camouflet qui lui a été infligé, Benyamin Netanyahu a laissé parler son ministre de la Justice, principal artisan du projet de loi, lequel a immédiatement dénoncé une décision de justice qui porte atteinte, selon lui, à l’unité nationale en pleine période de guerre.
Cette stratégie d’évitement sous prétexte d’une menace existentielle contre la nation semble avoir atteint ses limites : Netanyahu est désormais sous le feu des critiques extrêmement vives de l’intelligentsia et des médias.
Deux jours avant que la Cour suprême ne rende publique sa décision, le Premier ministre israélien a annoncé que les opérations militaires à Gaza dureraient « plusieurs mois encore ». En dehors des petits partis extrémistes qui soutiennent le gouvernement, une large partie de l’opinion publique supporte difficilement la façon dont Benyamin Netanyahu cherche à gagner du temps sur son propre calendrier judiciaire en exploitant le contexte historiquement dramatique que traverse Israël.
Le sursaut d’Israël doit aussi être éthique
Le Likoud, le parti de Benyamin Netanyahu, n’a aucun intérêt à apparaître comme une faction qui cherche à diviser l’opinion – il doit au contraire veiller à l’unité. Or, la décision de la Cour suprême vient rappeler à quel point le Premier ministre israélien était tout occupé depuis des mois à faire passer sa réforme de la justice.
Cette polarisation s’est effectuée au détriment de la sécurité des citoyens vivant en bordure de la bande de Gaza. Pourtant, dès le mois de mars 2023, le ministre de la Défense Yoav Gallant avait prévenu que le projet de réforme judiciaire était en train de fragiliser Israël.
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Trois mois après le 7 octobre, la Cour suprême vient de démontrer que le sursaut d’Israël ne peut pas être uniquement militaire : il comporte aussi un volet éthique fondamental.
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